Jean Jaurès
retour à Histoire
retour
d'après Wikipédia  

Jean Jaurès est issu d'une famille de modeste bourgeoisie française de province. Il est le neveu de l'amiral et sénateur Benjamin Jaurès.

Le père de Jean, Jules Jaurès, est un petit paysan ; son épouse Adélaïde Barbaza, élève avec beaucoup de conscience leurs deux enfants : Jean, l'aîné, et Louis qui deviendra amiral et député républicain-socialiste.

Brillant élève, Jean bénéficie des chances de promotion sociale qu’offre la République, il fait ses études au lycée Louis-le-Grand, à Paris. En 1878, il est reçu premier à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, puis troisième à l'agrégation de philosophie en 1881. Il enseigne tout d'abord au lycée Lapérouse d'Albi, puis rejoint Toulouse en 1882 pour exercer comme maître de conférences à la faculté des Lettres. Il donne également un cours de psychologie au lycée de jeunes filles de Toulouse.

Il ne conçoit pas alors d'autre rassemblement que celui des républicains. Tenté par la carrière politique, il est élu à 25 ans, député républicain à Castres en 1885. Non inscrit, il siège au centre gauche et est un grand admirateur de Gambetta.

Il trouve alors les radicaux de Clemenceau trop agités et les socialistes violents et dangereux pour l'ordre républicain en construction. Il ne s'en intéresse pas moins au sort de la classe ouvrière et met son éloquence au service des premières lois sociales du régime (liberté syndicale, protection des délégués, création des caisses de retraite ouvrière…).

En 1889 les Républicains gagnent les législatives mais il est battu dans la circonscription de Carmaux (Tarn), par le marquis de Solages, président des mines. Jaurès reprend son enseignement à la faculté de Toulouse. Il est reçu docteur en philosophie en 1892 avec sa thèse principale De la réalité du monde sensible et sa thèse secondaire en latin, Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, et Hegel.

Il continue également son activité politique et se présente aux municipales (1890). Depuis 1887, il collabore à La Dépêche, et devient conseiller municipal, puis maire adjoint à l’instruction publique de Toulouse (1890-1893). Son expérience, sa connaissance des milieux ouvriers et des militants socialistes, ses travaux et ses recherches l’orientent vers le socialisme.

Jaurès est à l'écart de la vie politique nationale quand, en 1892, éclate la grande grève des mines de Carmaux.

La compagnie des mines, dirigée par le baron Reille, l'homme fort de la droite tarnaise, et son gendre le marquis Ludovic de Solages, député de la circonscription, venait de licencier un de ses ouvriers, Jean Baptiste Calvignac. Ce leader syndical et socialiste, ouvrier mineur et nouveau maire de Carmaux depuis le 15 mai 1892, s'était absenté à plusieurs reprises afin de remplir ses obligations d'élu municipal. C'était remettre en cause le suffrage universel et les droits réels de la classe ouvrière à s'exprimer en politique. Les ouvriers se mettent en grève pour défendre ce maire dont ils sont fiers. La République envoie l'armée au nom de la « liberté du travail ». La République semble prendre le parti du patronat monarchiste contre les grévistes.

Dans ses articles à la Dépêche, Jaurès soutient cette grève. Il ne supporte plus cette République qu'il considère comme étant aux mains de députés et ministres capitalistes pour qui la finance et l'industrie priment sur le respect des personnes : Carmaux et la mine sont le tremplin politique qu'il cherchait. Il fait l'apprentissage de la lutte des classes et du socialisme. Arrivé intellectuel bourgeois, républicain social, il sort de la grève de Carmaux acquis au socialisme.

Sous la pression de la grève et de Jaurès, le gouvernement arbitre le différend Solages-Calvignac au profit de Calvignac. Solages démissionne de son siège de député ; Jaurès est tout naturellement désigné par les ouvriers du bassin pour les représenter à la Chambre. Il est élu le 8 janvier 1893 comme socialiste indépendant malgré les votes ruraux de la circonscription qui ne veulent pas des « partageux ». Proche des guesdistes, Jaurès milite avec ardeur contre les lois scélérates ou en faveur des verriers de Carmaux, renvoyés par leur patron Rességuier.

Jaurès se lance alors dans l'incessante et résolue défense des ouvriers en lutte. À Albi, il est à l'origine de la fameuse Verrerie ouvrière. Dans le Languedoc viticole, il visite les « vignerons libres de Maraussan » qui créent la première cave coopérative.

Au début de l'affaire Dreyfus, Jaurès ne prend pas clairement position. Il va même jusqu'à condamner dans un premier temps la sentence de déportation, jugée trop clémente (un simple sous-officier aurait été purement et simplement condamné à mort). Cependant, à la suite de la pression populaire et politique, et aussi grâce à l'engouement de la jeune promotion normalienne et en particulier Lucien Herr, convaincu par les militants allemanistes, par le J'accuse de Zola, il s'engage avec passion.

Jaurès et les socialistes se mettent à défendre Alfred Dreyfus sans ambages. C'est avec l'affaire Dreyfus que Jaurès rentre pleinement dans l’histoire. L'affaire met en jeu non seulement une injustice individuelle, mais le respect de l'humanité elle même. Elle pose le problème du mensonge et de l’arbitraire des grandes institutions, notamment de l'armée qui entend avoir une "justice" séparée. En outre, les droites catholique et nationaliste instrumentalisent l'affaire en vue de renverser la République.

Il s'oppose alors aux marxistes orthodoxes, dont le meneur, Jules Guesde, pour qui Dreyfus est un officier bourgeois et donc sa défense ne serait pas prioritaire (le souvenir de la répression sanglante de la Commune de Paris, et d'autres révoltes ouvrières, est pour beaucoup dans la défiance des militants ouvriers envers la cause d'un officier). Mais pour Jaurès, l'accablement de malheurs et d'injustices dont Dreyfus est victime gomme les différences de classe. Dreyfus n'est plus un privilégié ou un exploiteur : il est un homme qui souffre injustement.

Battu aux élections de 1898 (l'installation de la Verrerie Ouvrière à Albi et son ardente défense de Dreyfus ont provoqué sa défaite), Jaurès devient directeur de La petite république. C'est dans les colonnes de ce journal qu'il publie Les preuves relatives à l’affaire Dreyfus. Il dirige une Histoire socialiste de la France contemporaine (Éditions Rouff) pour laquelle il rédige les volumes consacrés à la Révolution française (1901-1903).

Jaurès a pris conscience des résistances de la société capitaliste et des dangers révélés par la montée du nationalisme et de l'antisémitisme. La défense de la république devient son objectif primordial : il soutient donc le gouvernement Waldeck Rousseau, qui associe à son action, pour la première fois, dans l'histoire de la République, le socialiste Alexandre Millerand, nommé au commerce et à l’industrie.

Jaurès et son Parti socialiste français s'engagent nettement en faveur du bloc des gauches et du gouvernement Combes (1902-1905) qui prépare le vote de la séparation des Églises et de l’État (décembre 1905). Cependant, les réformes sociales attendues marquent le pas. Le dynamisme du bloc s'épuise. Jaurès, vice-président de la chambre en 1902, n'est pas réélu à cette fonction en 1904.

Réélu député du Tarn en 1902, il fonde le quotidien L'Humanité en 1904. Il infléchit ses choix stratégiques et donne la priorité à l'unité socialiste. Celle-ci, sous pression de l’Internationale, se réalise au Congrès du Globe (avril 1905) avec la création de la SFIO, unifiant les différentes sensibilités socialistes de France.

Même s'il reconnaît la lutte des classes, pour Jaurès, l'humanité ne fait qu'une et l'homme de gauche doit s'impliquer dans la République pour une révolution démocratique et non violente. En 1904, le congrès de la deuxième Internationale lui préfère les idées de Jules Guesde mais les élections indiquent une faveur contraire: 31 députés à Jaurès et 12 à Guesde.

En 1907, Jaurès dépose à l'Assemblée un projet de loi révolutionnaire pour la viticulture : les domaines deviennent propriété nationale, une loi d'expropriation les remet à des associations de travailleurs, le commerce de gros du vin, la production et le raffinage du sucre ainsi que la production et la vente d'alcool deviennent des services sociaux. Bien sûr, le projet est repoussé à une écrasante majorité.

C'est au cours d'un voyage à Lisbonne en 1911 que Jaurès acquiert la conviction que les langues régionales doivent être enseignées dans les écoles. S'il a toujours parlé occitan et suivi le mouvement littéraire en langue d'oc, notamment en écrivant des critiques dans la Dépêche sous le pseudonyme du Liseur, il n'avait jamais pris position en faveur de son enseignement. Il le fait dans deux articles où il propose de s'appuyer sur les connaissances linguistiques des enfants occitans, basques et bretons pour comparer les langues régionales au français et ainsi développer leur jugement, leur raisonnement. Il insiste aussi sur la facilité à appréhender les autres langues romanes lorsque l'on maîtrise le français et l'occitan.

Jaurès qui a depuis longtemps une dimension internationale va, les dix dernières années de sa vie, lutter contre la guerre. Il est obsédé par les menaces contre la paix, surtout pendant les guerres balkaniques en 1912-1913. Il a rédigé en 1910 une importante proposition de loi consacrée à l’armée nouvelle dans laquelle il préconise une organisation de la Défense nationale fondée sur la préparation militaire de l’ensemble de la Nation. Il mène une vigoureuse campagne contre la loi des Trois Ans de service militaire votée en 1913 : c'est le rassemblement du Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913, qui réunit 150 000 personnes.

1914 semble apporter de nouvelles raisons d'espérer : la guerre dans les Balkans est finie, les élections en France sont un succès pour les socialistes. Mais les événements se précipitent. L’assassinat de l’archiduc François Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 n’est ressenti comme un événement dramatique qu’avec l'ultimatum autrichien à la Serbie du 23 juillet 1914. Jaurès tente d’infléchir dans un sens favorable à la paix, la politique gouvernementale.

Pacifiste mais pas antimilitariste, Jean Jaurès appelle à une grève générale, peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, qui, si elle n'est pas suivie, devra laisser la place à la défense nationale.

Ses prises de position en faveur du pacifisme le rendent très impopulaire parmi les nationalistes. Il est assassiné au café du Croissant le 31 juillet 1914 par Raoul Villain, adhérent d'un mouvement d'étudiants nationalistes. Cet assassinat atteint son but, car il facilite le ralliement de la gauche, y compris beaucoup de socialistes qui hésitaient, à l'« Union sacrée ».

Après 56 mois de détention préventive, son meurtrier Raoul Villain est acquitté le 29 mars 1919. Sa veuve Mme Jaurès est condamnée aux dépens du procès, comme partie civile. Quand à Villain, il finira fusillé pendant la guerre d'Espagne en tant qu'espion franquiste.