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Ch. BOSCHET ©
Mars 2006

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Histoire de Mirepeisset et de sa région

La révolte des vignerons de 1907

L'histoire de la révolte des vignerons de 1907 a été pratiquement oubliée en dehors de notre région. Pourtant ce fut un événement majeur dans l'Histoire sociale du mouvement ouvrier et paysan, même à l'échelle du Pays . Elle reste encore très fortement ancrée dans l'imaginaire historique local au même titre que la présence Romaine durant 5 siècles, la Croisade des Albigeois, la Chevauchée du Prince Noir ou la construction du Canal du Midi.

Cette année 2007, qui en marque le centenaire, est donc en grande partie consacrée à sa commémoration dans tous les villages de la région d'Argelliers y compris, bien sûr, Mirepeisset.

Revenons au début du XXe siècle, dans le Languedoc...

Pour juger de la gravité de la situation sociale de l'époque, il faut savoir qu'à la fin du XIXe, le vignoble a une importance vitale pour le Languedoc : en 1907, il couvre 450 000 hectares (contre 300 000 actuellement) ; il produit 30 millions d'hectolitres, soit entre le tiers et la moitié de la production française (contre 15 millions d'hl actuellement et 1/4 de la production nationale). La population des 5 départements du Languedoc-Roussillon dépasse à peine le million d'habitants.
A cette époque, le département de l'Aude possède à lui seul un vignoble de 135 000 ha et produit 6 millions et demi d'hl..

 
  • Introduction
  • les prémices de la crise : le phylloxéra
  • la crise des années1900-1906 : les fraudeurs
  • Marcelin Albert et le comité d'Argeliers
  • les 87 fous d'Argeliers
  • Les grandes manifestations viticoles
  • Ce qu'on en pense à Paris
  • le Docteur Ferroul
  • la "grève administrative"
  • l'arrestation du Comité Viticole
  • l'intervention de la Troupe et les fusillades de Narbonne
  • la mutinerie du 17e
  • les 100 Francs de Marcelin Albert et sa disgrâce
  • la victoire de Clemenceau
  • la fin de la crise

 

LES PROTAGONISTES

Marcelin Albert

Le Dr Ferroul

Clemenceau

Jean Jaurès

Albert Sarraut
Cazeaux-Cazalet et la Commission Parlementaire
Le Comité d'Argeliers
Jules Marty, de Mirepeisset
  cliquez sur pour accéder directement au paragraphe...  

Les prémices de la crise : le phylloxéra

Ce petit puceron venu d'Amérique va jouer un rôle capital dans l'évolution du vignoble français ; il est une des causes des événements ultérieurs.
Il est décelé dès 1863 dans le Gard mais il lui faut une vingtaine d'années pour commencer à dévaster les 4 départements viticoles du Languedoc / Roussillon : Gard, Hérault, Aude et Pyrénées Orientales. En quelques années, la superficie du vignoble Audois se trouve ainsi divisée par 2 : de 180 000 Ha avant la Crise, elle passe à 91 000 Ha en 1887. Dans les P.O. et avec un peu de retard sur l'Aude, le vignoble n'occupe plus que 42 000 Ha en 1891 contre 76 000 avant la Crise.

La parade est trouvée au début du siècle avec l'arrachage des vignes contaminées et leur remplacement par des plants américains, plus résistants. Le vignoble se reconstitue petit à petit, mais l'utilisation de ces plants américains, avec les travaux de greffe et de taille, implique une nouvelle façon de faire. Ils sont très sensibles aux maladies, contre lesquelles il faut lutter à grand renfort de soufre et de sulfate de cuivre. De plus, on s'aperçoit vite que le puceron n'aime pas l'eau, et l'on commence à arroser les vignes : pour cela, on ne se limite plus aux coteaux et l'on descend jusqu'en plaine. le paysage en est irrémédiablement changé. Les coûts augmentent, mais les viticulteurs croient avoir trouvé le moyen de s'en sortir en accroissant les rendements et en diminuant le degré.

La crise des années 1900-1906 : les fraudeurs

Malheureusement, pendant la crise du phylloxera, le Commerce a pris goût aux importations et aux "coupages". Autre cause de la Crise : la production de vins en provenance d'Algérie augmente et arrive en franchise douanière. De plus, un chimiste, du nom de Jean-Louis Chaptal vient de découvrir qu'en ajoutant du sucre au vin au moment de la fermentation, on en augmente le degré : c'est la "chaptalisation". Ainsi en sucrant le vin, puis en ajoutant de l'eau, le tout mélangé avec des colorants et des conservateurs, on obtient bientôt des quantités énormes d'une horrible piquette...mais qui se vend, en particulier à Paris!

Quelques lois pour le moins maladroites viennent aggraver la situation. Ainsi une loi de 1889 autorise la vente de "vin de sucre" issu de la fermentation de marcs de raisin additionnés de sucre et d'eau. En 1900, la distillation des surplus est sévèrement encadrée. En 1903 une autre loi inspirée par les betteraviers du Nord ramène les droits sur le sucre de 60F à 25F.
La "fabrication" de vin ne connaît alors plus de limites : on en produit même avec de l'eau, du sucre, des colorants et des raisins secs importés de Grèce et de Turquie par dizaines de milliers de tonnes. Certaines recettes dépassent l'entendement ! (voir ci-contre).

1kg d'acide tartrique,
1kg d'acide citrique,
1kg d'acide sulfurique,
1 ou 2litres d'eau froide pour éviter l'explosion,
60litres d'eau bouillante,
agiter pendant 1/2h,
du moût de vin...

permettent d'obtenir 6 hl de piquette !

Ainsi, au début du XXe siècle, la fraude est générale, les prix sont au plus bas et les stocks au plus haut. Les manoeuvres des commerçants et des négociants peu scrupuleux  sont en train de conduire à la misère toute une population méridionale dépendant entièrement de la Vigne pour sa survie.
Recette de négociants parisiens vers 1900

Pourtant, bien qu'étant d'une importance primordiale dans le déclenchement de la Crise, la fraude massive n'explique pas tout.

Le vignoble ne s'est jamais entièrement remis de la crise du Phylloxera ; les nouvelles méthodes de culture coûtent plus cher, en particulier l'arrosage de la vigne en plaine ; les récoltes sont inégales et les moyens de stockage et de régulation insuffisants. Ces facteurs expliquent que la plupart des intervenants, du grand propriétaire au petit exploitant et à l'ouvrier agricole se retrouvent dès 1905 dans une situation pratiquement désespérée.
Les interventions de députés du Midi tels Albert Sarrault et Gaston Doumergue, qui interpellent le Parlement dès 1905, n'y feront rien et le Parlement reste sourd au mécontentement grandissant des vignerons du Midi. Pendant 2 ans, malgré les prêches enflammées d'un certain Marcelin Albert, il ne se passe rien, si ce n'est une misère grandissante dans le Midi.

Marcelin Albert et le Comité d'Argeliers

Il faudra attendre le début de l'année 1907 pour que le Garde des Sceaux commence une enquête sur la complaisance de certains magistrats envers les fraudeurs, et que la Chambre des Députés, enfin consciente du marasme qui règne dans le Midi, accepte d'y diligenter une Commission d'Enquête chargée de se rendre compte de la situation.

Les débuts de Marcelin Albert

Marcelin Albert est la figure marquante du mouvement qui commence à se dessiner en Languedoc.
Originaire d'Argeliers, petit village viticole à 15 km de Narbonne et 3km de Mirepeisset, il est orphelin de père à 5 ans. Il abandonne l'école à 16 ans pour revenir aider sa mère à la vigne. A 19 ans, il s'engage dans l'armée lors de la guerre de 1870 contre la Prusse Il est affecté en Algérie et à son retour à Argeliers, il reprend la Vigne familiale et se marie. Dans les années 1880, il est conseillé municipal, mais il se lasse vite de la Politique.
Profondément Républicain, il semble pourtant que sa réflexion politique n'ait jamais été très loin.
Pendant une dizaine d'années, il tient le Café de la place centrale du village, mais il n'a guère de goût pour les affaires ni d'ailleurs pour la fidélité conjugale...

Sa véritable passion est pour le théâtre, et il songe même à en faire carrière. Il prend plaisir à jouer devant les villageois et à se lancer dans de grandes tirades ; il a monté en particulier une pièce intitulée "Marceau et la République", ce qui lui vaut le surnom de Marceau... Des surnoms, il va en accumuler toute sa vie : "lou cigal" (de l'occitan "seigle", car il était très brun), puis plus tard, l'Apôtre, le Rédempteur, le prêcheur des platanes, le Roi des gueux....

De 1900 à 1903, il amorce une campagne de propagande en faveur des produits naturels, contre le "vin de sucre", pour la distillation, et contre la modification du régime des bouilleurs de cru qui la réglemente fortement. Les vignerons d'Argeliers le soutiennent, bientôt suivis par ceux de Sallèles et Coursan. Encouragé par ses premiers succès, il va exposer ses idées dans les communes voisines, en profitant des jours de marché pour monter sur les tables ou même dans les arbres : il y gagne le surnom de "prêcheur des platanes" et n'est pas vraiment pris au sérieux.
En 1905, il lance une pétition réclamant la grève de l'impôt et la démission des corps constitués du Midi ; il lance une exhortation à faire échec aux saisies qui se multiplient dans la Région. Il obtient quelques succès dans les villages de la région , mais se fait éconduire à Narbonne par le Maire de la ville, un certain... Dr Ferroul. Depuis un platane, il promet alors à la foule d'un jour de marché de revenir avec 100 000 hommes !

Marcelin Albert

Marcelin Albert

Marcelin Albert devant son café

Marcelin Albert

Marcelin Albert  Marcelin Albert  Marcelin Albert  Marcelin Albert

En 1907, la crise en est à sa septième année. Marcelin Albert, malgré ses demi-succès, est maintenant un homme de 56 ans connu dans la région. Il a fermé son café depuis 2 ans et son unique combat est celui de la viticulture ; son seul discours est :

"Unissons-nous contre la fraude qui nous ruine et nous affame. Faisons trêve à nos discordes. Délaissons la politique. N'ayons d'autre préoccupation que celle de l'intérêt commun."

a

Les 87 fous d'Argeliers

La Commission d'Enquête dépêchée dans les départements du Midi est chargée à partir de mars 1907, d'enquêter sur la production, le transport et le commerce des vins. Elle visite toutes les grandes villes, de Nîmes à Toulouse, Béziers et Montpellier. Le 11 mars, de retour de Perpignan, la Commission est attendue à Narbonne. Après avoir vainement tenté de mobiliser les viticulteurs, Marcelin Albert décide d'aller (à pied !) remettre à la Commission, la pétition rédigée en 1905, et qu'il avait gardé précieusement...

Petit à petit, clairon, drapeau et pancartes en tête, une quarantaine d'habitants d'Argeliers se joignent à lui et prennent le chemin de Narbonne. En traversant les villages de Sallèles, Cuxac, la petite troupe se renforce. Une vingtaine d'autres ont pris le train et rejoignent le cortège à Narbonne. C'est finalement à 87 qu'ils accueillent la Commission à sa descente du train.
A la vue du cortège de miséreux, le Dr Ferroul, qui n'a jamais apprécié Marcelin, s'écrie : "Ah ! ça ne m'étonne pas ! Ce sont ces fous d'Argeliers et cet imbécile d'Albert ."
La Commission, plus habituée à recevoir les Préfets, Sous-Préfets ou maires reçoit finalement la Délégation. Des députés promettent de tout faire pour lui donner satisfaction et les "87 fous", ragaillardis, vont défiler dans les rues de Narbonne en chantant "La Vigneronne".

De retour à Argeliers, avec quelques amis du village, Marcelin Albert crée le Comité de Défense d'Argeliers, appelé à avoir un rôle déterminant dans la suite de l'histoire. Jules Marty, de Mirepeisset en est un des fondateurs.
Le Comité se dote rapidement d'un journal : le tocsin, dont le premier numéro paraît le dimanche 21 avril.

le tocsin

Les grandes manifestations viticoles

On ne sait pas exactement quand germa l'idée de la création de Comités Viticoles, sur le modèle de celui d'Argeliers, ni celle des "rassemblements" puis des premiers meetings viticoles, et enfin des grandes manifestations.

La série des grands meetings viticoles organisés dans les principales villes du Midi s’ouvrit probablement avec celui d’Ouveillan qui réunissait, le 18 mars 1907, les villages de Mirepeisset, d’Argelliers et de Bize

La première réunion publique se tint à Sallèles d'Aude le 24 mars, et c'est vraisemblablement là qu'est créé le Comité de Sallèles. Elle est suivie de celle de Bize, le 31 mars, et l'on crée le Comité de Bize devant 350 manifestants.

A partir de là, les meetings et manifestations vont s'enchaîner tous les dimanches dans les villages, puis les villes de la région, et vont finir par entraîner des foules énormes. Ces manifestations sont pacifiques, parfaitement organisées par les Comités locaux, jusque dans l'organisation des transports en train convergent de toute la Région. Le "Tocsin" sert de fil conducteur en paraissant tous les dimanches.

Le dimanche suivant, 7 avril, les Comités d'Argeliers, de Bize, et de Sallèles accompagnés d'une bonne partie de la population de ces 3 villages, tiennent une réunion d'information à Ouveillan. Les journaux locaux (comme "La Dépêche") commencent à rendre compte du mouvement. Les Autorités (le Préfet), quant à elles, commencent un long travail de désinformation confinant au mensonge pur et simple, en présentant cette agitation comme montée par les partis d'opposition (qui vont de l'extrême gauche à l'extrême droite et aux Royalistes). Ce sera leur méthode durant toute la crise, accompagnée de provocations de policiers en civil et d'agitateurs rémunérés pour leurs exactions, avant de passer à la répression.

Le 14 avril, c'est à Coursan qu'à lieu la manifestation. C'est la première de grande ampleur avec 9 000 personnes.

A Capestang, le 21 avril, il y a 15 000 manifestants. On y voit les premières pancartes de revendications. Les journaux parisiens commencent à s'y intéresser. Il y a maintenant 19 Comités Viticoles, qui proposent de s'organiser en fédération.

Les grandes manifestations viticoles de 1907

Le 28 avril, à Lézignan, ils sont 25 000. L'organisation et le contrôle de la manifestation est maintenant bien au point. On convient de se retrouver le dimanche suivant pour la 1ère fois dans une grande ville : Narbonne. C'est aussi à Lézignan qu'il y a le 1er mort, dans un accident de ...charrette.

manifestation à Lézignan le 28 avril 1907
 

Marcelin Albert et le Maire de Narbonne, le Dr Ferroul, se rencontrent enfin à plusieurs reprises et organisent soigneusement la manifestation de Narbonne pour éviter les débordements. On compte le 5 mai, à Narbonne, entre 60 000 et 80 000 manifestants, dans une ville qui, à l'époque, n'a que 28 000 habitants. Le Dr Ferroul, qui a eu depuis le début de la crise une attitude pour le moins , ambiguë, sent le vent tourner et soutient enfin le Mouvement. Marcelin Albert rappelle : "il y a 2 ans, j'ai promis à Ferroul de revenir avec 100 000 hommes. Les voilà !".
Par référence au "Serment du Jeu de Paume", Marcelin Albert prononce le "Serment des Fédérés". Même Ferroul prête serment.

Manifestation à Narbonne le 5 mai 1907      
 

Le 12 mai, la manifestation a lieu à Béziers ; elle compte 150 000 personnes !

Ernest Ferroul fait adopter le principe d'un ultimatum au Gouvernement pour le 10 juin et promet une grève de l'impôt si rien n'a été fait pour provoquer le relèvement du cours du vin. Le lieu de la manifestation du dimanche suivant est fixé à Perpignan.
Le 16 mai, une nouvelle manifestation contre le maintien d'une Corrida à Béziers le jour de la manifestation de Perpignan aboutit à la démission de la Municipalité, jugée trop "tiède". Vers le soir, les premières graves provocations se produisent, qui aboutissent à une charge de police, et aux premiers blessés.

     
 

Le record de Béziers est battu à Perpignan le 19 mai avec 170 000 manifestants. Pour la première fois, des délégations viennent d'autres régions du sud de la France

         
 

Le 26 mai, 250 000 viticulteurs manifestent à Carcassonne et passent sous des arcs de triomphe dressés sur leur passage par la municipalité, et dans une pluie de coquelicots jetés par le habitants depuis leur balcon.

Dans son discours, Marcelin Albert fait un parallèle avec la croisade des Albigeois : le Sud contre les barons du Nord...

Ferroul, qui commence à prendre de l'ascendant sur le Mouvement, a des idées autrement plus révolutionnaires que Marcelin Albert qui se définit lui même comme un "paysan vigneron", qui n'a d'autre revendication qu'économique.

Ferroul en profite pour rappeler l'existence de l'ultimatum du 10 juin.

     
  
 

Le 2 juin, contre toute attente, la manifestation de Nîmes bat le record de Carcassonne avec
300 000
personnes. Ferroul radicalise son discours dans la fièvre de l'attente du 10 juin.

Il menace de démissionner dès le soir du 10 juin avec tout son conseil municipal.

     
 

La manifestation de Montpellier, le 9 juin, marque le dernier triomphe de Marcelin Albert. En accord avec Ferroul, le principe de la démission de toutes les municipalités du Midi est adopté. On voit maintenant des délégations venant de régions de France aussi éloignées que le Jura, et même d'Algérie. La proximité de la fin de l'ultimatum a amené à Montpellier pour cette dernière grande manifestation, une foule évaluée à 700 000 personnes. Cette foule énorme représente 10 fois la population de la ville et les 3/4 de la population du Languedoc ! On n'est donc plus seulement devant une manifestation viticole : c'est maintenant une protestation unanime des populations du Midi.

La manifestation se déroule aussi calmement que d'habitude, mais quelques agitateurs passent à l'action en fin de journée ; on constate même une mutinerie dans un régiment Narbonnais, le 100e de ligne, basé à Narbonne. Consigné au quartier depuis plusieurs semaines les soldats manifestent, le soir du 9 juin, sur le mur séparant la caserne de la voie ferrée vers Perpignan, lors du retour des trains venant de Montpellier. Ils chantent l'Internationale. Le colonel  est sanctionné, et mis, quelques jours plus tard, à la retraite d'office.

Malgré les appels au calme de plus en plus pressants de Marcelin Albert, on sent que l'épreuve de force avec le Gouvernement vient de commencer.Les événements s'accélèrent ; la manifestation suivante, prévue à Paris, n'eut jamais lieu.

    
    
 

Soit en résumé...

Date

Lieu / événement

Nombre
11 mars

Argeliers - Narbonne (les 87 fous)

87
18 mars

Ouveillan

2 000 (?)
24 mars

Sallèles d'Aude

300
31 mars

Bize

600
7 avril

Ouveillan

1000
14 avril

Coursan

9 000
21 avril

Capestang

15 000
28 avril Lézignan
25 000
5 mai

Narbonne

70 000
12 mai

Béziers

150 000
19 mai

Perpignan

170 000
26 mai

Carcassonne

250 000
2 juin

Nîmes

300 000
9 juin

Montpellier

700 000
10 juin

Fin de l'ultimatum

Ce qu'on en pense à Paris

Les événements du Midi n'ont pas l'air de troubler beaucoup les dirigeants parisiens, tout du moins au début de la crise ; ils n'ont pratiquement aucun écho dans les journaux nationaux....

Clemenceau est devenu Président du Conseil quelques mois plus tôt, après avoir été Ministre de l'intérieur. C'est un homme habile, très habitué aux arcanes de la politique et bien que situé à gauche de l'échiquier politique, il a de puissants appuis y compris dans certains milieux d'affaires. il est d'un naturel extêmement autoritaire et il révèle rapidement sa nature en écrasant les mouvements sociaux des mineurs du Nord. Comme on le verra par la suite, il ne prendra pas de gants non plus avec les vignerons du midi. Il sait habilement faire pression sur la Presse, sans pour autant lui imposer de censure. Enfin, il aime à se targuer d'être le premier flic de France. (toute ressemblance avec un personnage actuel, et dont on parle beaucoup depuis quelque temps, est purement fortuite...).

Dans un premier temps, Clemenceau semble faire preuve de bonne volonté, et affirme qu'il fait le maximum pour lutter contre les fraudes, organiser une commission d'enquête, fournir des fonds, trouver de nouveaux débouchés pour les vins du Midi. Mais dans la réalité, le gouvernement tergiverse. Interpellé de nombreuses fois par les députés du Midi, rien ne se passe. Jaurès prend également la défense des vignerons du Midi, mais il est partagé entre les intérêts divergents des betteraviers du Nord, les bouilleurs de crus, et les vignerons. Ses propositions de grandes réformes ne portent pas et le projet de loi très radical qu'il dépose le 10 juin (on le qualifierait aujourd'hui de "nationalisation", est rejeté à une écrasante majorité par le Parlement.
Il semble aussi que le Parlement ne se soit pas beaucoup intéressé à la situation : 25 députés le 7 juin pour le 1er débat viticole, contre 530 en novembre 1906 pour voter l'augmentation de leur traitement !

Le déclic dans l'appréciation de la situation par Clemenceau est du au ralliement du Dr Ferroul au mouvement, à son ultimatum pour le 10 juin puis aux démissions des municipalités du Midi et enfin aux mutineries ou simple désobéissance de quelques régiments.

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Le Docteur Ferroul et la "grève administrative"

Le "bon Docteur Ferroul"

Le Docteur Ferroul est, avec Marcelin Albert, l'autre figure marquante du mouvement de révolte des vignerons du Languedoc.

Né dans une famille modeste de la Montagne Noire, après des études de médecine à Montpellier , Ernest Ferroul s'installe à Narbonne où il devient le "Docteur des Pauvres". A la suite de sa rencontre avec Jules Guesde, il adhère au socialisme. Très engagé à gauche, il est également franc-maçon.

En 1888, il est élu député de Narbonne. A la Chambre des Députés, il rejoint l'extrême gauche et les sept autres députés socialistes
(et oui ! Les temps ont bien changé...) ; il est réélu en 1889. C'est en 1891 qu'il est élu Maire de Narbonne.. Très actif mais aussi très virulent, il est battu en 1893 puis en 1898. Il perd la Mairie de Narbonne en 1897 et la re-gagne en 1902. Il est de nouveau élu député en 1899 suite à l'invalidation du député élu contre lui en 1898. En 1902, il démissionne de son mandat de député pour se consacrer à ses neveux orphelins et à la Mairie de Narbonne.

Il ne croit pas au mouvement vigneron, tout du moins à ses débuts. Beaucoup plus malin et calculateur que son rival Marcelin Albert, il finit plus ou moins consciemment par le faire évincer et prendre la tête du mouvement.
Il est à peu près certain qu'il attendait autre chose de ce mouvement. Peut-être pas une révolution ou le séparatisme, mais sûrement une plus grande autonomie du Midi (il a eu des liens étroits avec Mistral, qu'il aurait aimé voir participer au Mouvement).
Peut-être aussi souhaitait-il un rapprochement du Languedoc avec les Catalans de l'autre côté de la frontière, avec qui il avait de fréquents contacts (un avant goût de l'Europe, en somme), comme le prouvent ses références à la croisade des Albigeois ou son pèlerinage sur le site de la bataille de Muret qui, au XIIIe siècle, et malgré l'engagement des Catalans de Pierre II d'Aragon, marqua la fin de l'indépendance de l'Occitanie. Quoi qu'il en soit, les événements en décidèrent autrement et il sut s'y adapter, voire les provoquer, et devint le premier président de la Confédération Générale de Vignerons du Midi (à laquelle les ouvriers n'adhérèrent pas, d'ailleurs), et qui allait prendre une envergure considérable par la suite.

Ses prises de position ultérieures assez loin du socialisme de Jaurès (sa campagne pour l'écrasement de l'Allemagne, son engagement contre le Bolchévisme et son refus de la IIIe Internationale Socialiste), rendent le personnage beaucoup moins sympathique à la fin de sa vie, et donnent peut-être un éclairage différent à son engagement dans le mouvement de révolte.

Il meurt le 29 décembre 1921, un an après Marcelin Albert ; la ville de Narbonne lui fit des funérailles grandioses.


 

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Le 10 juin, le fameux ultimatum de Ferroul n'a rien donné ; il n'a débouché que sur un vague débat au Parlement sans prise de décision.
Le Comité d'Argeliers décrète la grève de l'impôt et demande aux municipalités de démissionner dans les 2 jours. Pourtant, le mot d'ordre reste toujours "pas de désordre, pas de violence !"

Quelques jours plus tard, on compte le nombre de municipalités démissionnaires : 160 sur 439 dans l'Aude et 185 sur 340 dans l'Hérault, les départements les plus touchés. Il n'y en a que 88 sur 232 dans les PO et seulement 9 sur 331 dans le Gard. Ferroul au soir du 10 juin, démissionne et fait remplacer le drapeau tricolore par un drapeau noir, symbole de deuil, au balcon de la mairie de Narbonne.

Clemenceau a pris sa décision : "Force restera à l'Ordre" et il se prépare discrètement au conflit qui va suivre. Le 100e de ligne a discrètement été évacué vers le Larzac. Les arrestations se préparent.

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L'arrestation du Comité Viticole

Clemenceau convoque les préfets des quatre départements du midi et leur demande de refuser la démission des municipalités.

Les Comités quant à eux, décident, en présence du Dr Ferroul, de constituer des Fédérations départementales confédérées au niveau régional. Clemenceau convoque le procureur général de Montpellier et organise les projets de sanctions. Marcelin Albert, averti de son arrestation prochaine, part se cacher à Saint-Chinian. Il rentre quelques jours plus tard à Argeliers.

Albert Sarraut, député de Lézignan et sous secrétaire d’Etat à l’Intérieur tente une ultime démarche sans succès et, sachant que les décisions concernant les arrestations et les sanctions ont été prises, démissionne du ministère. Le Parlement ne parvient pas à décider de mesure d'apaisement, et encore moins à régler la crise.

Le 17e de ligne est déplacé de Béziers à Agde dans la nuit du 17 juin. Dans le même temps, de nombreux régiments et des renforts de gendarmerie convergent vers le sud. Des bâtiments sont réquisitionnés et les habitants évoquent un "état de siège" qui leur rappelle la Commune de Narbonne.

Ferroul et la plupart des membres du Comité d'Argeliers sont arrêtés à l'aube du 19 juin  Marcelin Albert est prévenu et part se cacher de nouveau. L'affaire ne se passe pas sans heurts à Argeliers car 7 000 personnes ont convergé sur le village, mais aussi plusieurs escadrons de dragons, la cavalerie, 350 gendarmes et une meute de policiers. A Narbonne, bien que protégé par plusieurs milliers de personnes, Ferroul est arrêté par la gendarmerie, les escadrons de cuirassiers et la cavalerie. Les prisonniers sont transférés dans des circonstances rocambolesques à la prison de Montpellier.

A Argeliers, on forme immédiatement en secret un Comité n°2.

L'intervention de la Troupe et les fusillades de Narbonne

Des échauffourées entre la population, les gendarmes, la police et l'armée éclatent un peu partout : Montpellier, Perpignan, et dans bien des villages, mais c'est à Narbonne, la ville de Ferroul en état de siège, que se produisent les plus graves incidents.

Pendant toute la journée du 19 juin, à l'annonce de l'arrestation de Ferroul, des heurts ont lieu entre la population Narbonnaise et les cuirassiers, régiments de cavalerie. Si les régiments d'infanterie gardent leur calme, encadrés par des officiers compétents, conscients de leur mission et peu désireux d'en découdre, il n'en est pas de même des escadrons de cuirassiers à cheval qui chargent sans ménagement. Harcelés par la population, ils s'en prennent même par vengeance à de paisibles consommateurs assis à une terrasse de bar : bilan 1 mort et de nombreux blessés graves. Plusieurs charges sur le boulevard Gambetta provoquent également presque la mort d'un gamin de 14 ans, abattu d'une balle à bout portant. On s'apercevra plus tard qu'il a survécu par miracle.

 

Le lendemain, les échauffourées continuent à Narbonne. Quelques policiers et mouchards se font rosser sévèrement par la population. Il faut dire que depuis le début des tragiques événements, de faux journalistes (mais vrais policiers...), des agitateurs (on dirait maintenant des "casseurs"), des mouchards à la solde de la Préfecture et du ministère de l'intérieur exaspèrent la population.
L'affaire dégénère lorsque l'un des inspecteurs ayant arrêté Ferroul est reconnu dans la foule. Il est passé à tabac et jeté dans la Robine.
Il est repêché et ramené place de l'hôtel de ville par quelques centaines de personnes, qui s'avancent vers les soldats avec des mouchoirs en guise de "drapeau blanc" pour leur remettre le blessé. Ils se méprennent et, sans sommation et sans ordre explicite des officiers, probablement pris de panique, les cuirassiers du 139e de ligne, déjà détesté par la population et restés célèbres à Narbonne depuis, se mettent à tirer sur la foule avant de regagner leur casernement. On compte 5 morts, dont une jeune fille de 20 ans, et plusieurs dizaines de blessés, certains très sérieusement.

Les 6 morts de ces journées des 19 et 20 juin 1907 provoquent une énorme émotion dans la ville et dans toute la région. Tout aurait sans doute pu être facilement évité. Les Narbonnais en guise de deuil, édifient des tumulus partout où un mort a été retrouvé.

  

     

La mutinerie du 17e

La fameuse mutinerie du 17e n'était pas bien méchante et n'a finalement duré qu'une nuit. C'est pourtant le déclancheur qui a permis la résolution de la crise : c'est à partir de ce moment que les autorités parisiennes ont vraiment commencé à prendre au sérieux le mouvement viticole. Clemenceau sauve son Ministère quand la Chambre prend peur de nouvelles mutineries.
Le 20 juin, date du début de la mutinerie, ce régiment vient d'être déplacé à Agde, et on parle de l'envoyer à Rodez. En effet tous ces régiments du midi, et le 17e compte par exemple dans ses rangs une cinquantaine de fils de viticulteurs, sont jugés peu sûrs par les autorités. On n'a pas oublié la désobéissance du 100e de ligne chantant l'Internationale en regardant passer les trains ramenant les manifestants de Montpellier au soir du 9 juin.


C'est la première fusillade de Narbonne qui déclanche la mutinerie (les soldats ne sont pas encore au courant de la 2e fusillade qui a fait 5 morts). Aidés d'une partie de la population, les mutins, qui sont environ 500, s'emparent des munitions, refusent d'obéir aux ordres des officiers et décident de se rendre à Béziers, dans la perspective de marcher sur Narbonne.
Ce n'est pas une partie de plaisir : il y a environ 25 km à parcourir à pied, et cette marche va leur prendre toute la nuit ! Ils sont contactés tout au long de la route par des émissaires de la hiérarchie militaire, souvent accompagnés de troupes ou de gendarmes. Leur réponse est "On assassinne nos parents. Nous allons les défendre !".

campement à Béziers
Aucun palabre n'y fait, mais heureusement, aucune bataille n'est engagée ; ils arrivent sur les allées Paul Riquet, à Béziers, au petit matin. Bien que fêtés par la population locale, ne sachant plus trop que faire, ils se rendent bien compte de la situation dans laquelle ils se trouvent, et cherchent désespérément à trouver une issue. Les discussions reprennent avec en particulier des membres du 2e Comité d'Argeliers qui cherchent à calmer la situation.

retour à Agde
Après avoir obtenu qu'il n'y ait pas de punition individuelle, tous acceptent de se rendre et sont immédiatement embarqués dans un train. Au soir du 21 juin, ils arrivent à Gap, dans les Alpes. La population est au courant de leur équipée et leur réserve un accueil triomphale.Mais 4 jours plus tard, et à la demande de Clemenceau, la punition collective arrive : le régiment tout entier est déporté à Gafsa, en Tunisie. Ils y sont décimés par la chaleur et les épidémies.

le 17e à Gafsa

Les 100 Francs de Marcelin Albert et sa disgrâce

Depuis la fin de l'Ultimatum et la démission des maires, c'est le statu quo dans le Midi : les tueries de Narbonne, les charges des cuirrassiers, l'omniprésence des gendarmes, des policiers et des militaires, et finalement l'arrestation des dirigeants du mouvement ont laissé la population en plein désarroi.
Après l'arrestation du Comité d'Argeliers, et pendant plusieurs jours, Marcelin Albert reste caché dans le clocher de l'église du village. En effet, il est persuadé que son arrestation déclencherait une guerre civile. Finalement, cédant aux exhortations de ses amis et des membres du Comité n° 2, il décide d'aller se livrer aux autorités.
Depuis le début du Mouvement, Marcelin Albert est (mal) conseillé par une figure étrange, cousine de sa femme et suspectée d'être une espionne de Clemenceau. Sur ses conseils et pour donner plus de force à son geste, il décide d'aller se faire arrêter à la Chambre des Députés, à Paris. En prenant maintes précautions, il prend la route pour Castelnaudary, puis le train pour Bordeaux et enfin l'express pour Paris. Dès son arrivée, il fait prévenir le député de l'Aude Félix Aldy qui, il l'espère, pourra lui ménager une entrée fracassante à la Chambre. En fait, le député, après l'avoir fait attendre une nuit et une journée, l'abandonne à son sort.
Marcelin Albert décide alors de tenter le tout pour le tout : il demande une audience à Clemenceau. Un sauf-conduit arrive le lendemain ; l'entrevue a lieu immédiatement. En trois quart d'heures, Marcelin va tout perdre, et le Mouvement avec lui. Le pauvre Marcelin, homme simple et peu instruit, peut-être un peu grisé par ses succès passés n'est pas de taille à lutter contre Clemenceau. Il se fait littéralement embobiner et accepte tout ce qu'on lui demande. Finalement, en pleurs, il promet d'exorter les maires à revenir dans la légalité ou à se constituer prisonnier. C'est une capitulation sans condition : Clemenceau n'a rien promis, rien lâché.
Comble de malchance, après son voyage et son court séjour à la capitale, Marcelin Albert n'a plus un sou ; il n'avait pas prévu de devoir se payer un billet de retour ... Il accepte que Clemenceau lui prête un billet de 100F pour pouvoir prendre le train.
Le Président du Conseil s'empresse de relater cette visite au journaux, en l'enjolivant quelque peu : il omet par exemple de citer la mission conciliatrice qu'il a confiée à Marcelin...

La victoire de Clemenceau

Certainement ému par son entrevue, Marcelin Albert manque son train, puis se trompe de convoi, s'arrête déjeuner à Toulouse et rejoint Narbonne où il retrouve ses amis au buffet de la gare. Il arrive enfin à Argeliers où il expose sa nouvelle vision au Comité n° 2. Sa démarche auprès de Clemenceau et l'histoire du billet de 100F sont peu appréciées par les nouveaux dirigeants qui refusent catégoriquement l'arrêt du Mouvement, et le mettent en demeure de se constituer prisonnier.

Le 26 juin, il se rend à Montpellier où il est incarcéré.
Dans sa prison, il est en butte aux vexations de ses anciens amis, de Ferroul, soutenus par le nouveau Comité d'Argeliers. Le récit de son entrevue avec Clemenceau, de la mission qu'il a accepté, de ses pleurs et de ses remords, et finalement de sa supposée corruption ont fait le tour du Pays. Les commentaires faussement bonhommes de Clemenceau qui ne manque pas de s'épancher dans les journaux n'arrangent rien, et Marcelin Albert endosse maintenant le rôle du traître.

Fin juin et début juillet, une série de lois et de décrets importants finissent par passer à la chambre. Ils réglementent le sucrage, contrôlent la vente de sucre, imposent la déclaration de récoltes, contrôlent la circulation des vins et donnent des moyens juridiques aux syndicats contre la fraude.

D'autre part, les régiments commencent à évacuer le Midi, jusque là pratiquement occupé par la Troupe.

Les prisonniers de Montpellier sont remis en liberté provisoire un mois plus tard.
 

Alors que Ferroul fait un retour triomphale sous les acclamations des Narbonnais, Marcelin doit se calfeutrer chez lui ; il échappe de peu au lynchage. Sa carrière est définitivement terminée, et il fait l'objet du mépris de tous ses concitoyens qui vont même jusqu'à l'agresser physiquement. Pendant un an, personne ne lui adresse la parole, et seul un voyage rapide en Algérie où il est bien accueilli, puis une souscription pour lui éviter la misère lui rappellent un peu sa gloire éphémère. Il finit ses jours seul et rejeté par tous le 12 décembre 1921.

Durant l'été et l'automne 1907, Clemenceau parachève sa victoire par une série de vexations pour le midi : décorations pour les régiments ayant assuré la répression, punition des mutins, promotions pour les officiers les plus durs. Dans le même temps, la "Justice" a pris le relais de la Troupe et les inculpations pleuvent sur les participants au Mouvement : maires, membres des Comités, "meneurs", et jusqu'aux simples manifestants.

La fin de la crise

C'est fin septembre que naît officiellement la Confédération Générale des Vignerons du Midi (CGVM), à l'initiative des différents syndicats viticoles et des Comités Viticoles. Le Dr Ferroul en est le premier Président et son siège est bien évidemment installé à Narbonne. le Tocsin sort son dernier numéro le 15 septembre. C'est l'aboutisement du Mouvement viticole et la CGVM jouera par la suite un rôle prépondérant dans la lutte contre les fraudes. Mais très vite, des dissenssions se font jour : les ouvriers agricoles n'adhèrent pas, les petits exploitants sont réticents.

Finalement, seuls les grands propriétaires furent satisfaits et la Lutte des Classes reprit ses droits. Pourtant, les petits propriétaire, dès ce moment, commencent à s'organiser en coopératives, situation qui demeure jusqu'à aujourd'hui.

Dans le même temps, Ferroul parvient à se faire réélire à Narbonne, mais est battu à la députation. Le drapeau noir de la mairie de Narbonne est finalement enlevé le 19 juin 1910. Il y était depuis 3 ans.

Cette histoire se termine définitivement à la mort de Ferroul à la fin de l'année 1921, quelques mois après Marcelin.

Depuis, les crises se sont succédées : création de la Communauté Européenne, fusillade de Montredon, importations massives d'Espage et d'Italie, gros efforts de qualité pour peu de résultats en terme de ventes. Chaque crise a débouché sur un peu moins de vignes, un peu moins de vignerons. Même dans les très anciens villages viticoles comme Mirepeïsset, les vignerons sont maintenant ultra minoritaires.

La dernière crise en date risque bien d'être la dernière. Les récentes recommandations de la Commission Européenne qui prône un arrachage massif de vignes, une "libéralisation" du secteur de la vigne, remet en cause les AOC et ne protège pas, bien au contraire, l'Europe contre les importations en provenance des nouveaux pays viticoles (les anglais boivent en 2007 plus de vin australien que de vin français...) pourraient bien enterrer ce vignoble plus de 2 fois millénaire !