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Ch. BOSCHET ©
Mars 2006

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La croisade des Albigeois (1208 à 1271)

Pourquoi les Albigeois ?
Les habitants d'Albi ne semblent pas plus gagnés aux idées hérétiques que les autres ; dans l'histoire qui va suivre, Albi ne joue pas un grand rôle. Il semble que le terme "Albigeois" ait été employé dès le début du XIIIe siècle par commodité (les connaissances en géographie des français du Nord devaient être plutôt sommaires...). Il se peut également que le terme ait prévalu en référence à un colloque organisé près d'Albi en 1165 qui opposa Catholiques et Cathares en présence des plus hautes autorités ecclésiastiques et séculières. C'est à la fin de cette conférence que l'évêque d'Albi déclara publiquement les Cathares comme hérétiques.


L'Europe au début du XIIIe siècle

Au début du XIIIe siècle, toutes les tentatives de la Papauté pour une reprise en main spirituelle du Languedoc ont échoué : missions de prédication, excommunications, confiscations des biens des hérétiques, pressions sur les nobles et les seigneurs locaux, conférences contradictoires, tous ces efforts amènent à un résultat jugé bien mince par le Pape Innocent III.
Les prêches et toutes les tentatives de Saint Dominique, installé en Languedoc depuis 1206 ont toutes échoué.


le pape Innocent III
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  • Déclenchement de la Croisade Occitane
  • Le massacre de Béziers
  • La prise de Carcassonne
  • La prise de Minerve, la conquête du Pays et l'Occupation
  • Les déboires de Raimond VI
  • La guerre
  • 3 batailles qui ont changé l'Europe :
    Las Navas de Tolosa, Muret et Bouvines
  • Les suites de la bataille de Muret et l'occupation de Toulouse
  • Beaucaire et le début de la reconquête
  • Le siège de Toulouse, la mort de Simon de Montfort et la Libération
  • La Croisade Royale
  • Le traité de Meaux et la fin de l'indépendance Occitane
  • L'inquisition
  • Le bûcher de Monségur
  • Rattachement au Domaine Royal

 

 

Les protagonistes

Arnaud Amaury

Simon de Montfort

Le pape Innocent III

Raimond VI

Raimond VII

Louis VIII

Philippe Auguste

Jean sans Terre

Otton IV de Brunswick

Le déclenchement de la Croisade

C'est l'assassinat du Légat (Délégué du Pape) par un écuyer du Comte de Toulouse qui fournit au Pape Innocent III l'occasion d'intervenir directement dans le Languedoc. Il ordonne aux autorités séculières de déporter les Hérétiques (principalement les Cathares) et de saisir les biens des excommuniés . Le Comte de Toulouse lui même, Raimond VI, qui n'avait probablement rien à voir avec cet assassinat, est excommunié, ses sujets déliés de leur serment et ses domaines offerts "à qui les prendra" !

C'est donc le 10 mars 1208 que, pour la première fois dans l'Histoire, est lancé un appel à la Croisade en terre Chrétienne.

Si le Roi de France ne saute pas sur l'occasion, c'est qu'il est fort occupé par ses propres soucis au Nord de la Loire, et ses démêlés avec Othon IV (l'empereur de Germanie) et Jean sans Terre (d'Angleterre). De plus, il semble préoccupé par l'aspect légal de l'affaire.


Rencontre de Othon IV et Innocent III


Le couronnement de Philippe Auguste

Jean sans terre

Par contre, l'appel est entendu par de grands seigneurs du Nord, qui constituent une armée Croisée de quelques milliers de chevaliers et plusieurs dizaines de milliers de "ribauds" attirés par l'aubaine. On estime "l'ost" à au moins 50 000 hommes, ce qui à l'époque constitue un force considérable.
De son côté, le Comte de Toulouse ne reste pas inactif. Malheureusement ses alliés potentiels et ses vassaux (en particulier le Vicomte de Trencavel) ne prennent pas la mesure du danger. De plus, il n'y a aucune unité occitane, mais un morcellement en petites principautés et puissances extérieures à la Région (voir Carte). Même Pierre II d'Aragon, le monarque le plus puissant de la Région et beau frère de Raimond VI, ne prend pas conscience de ce qui va advenir. Raimond lui-même n'a ni les moyens militaires, ni financiers de s'engager dans une Guerre, voire de résister. Il décide donc de jouer finement en faisant amende honorable par une pénitence humiliante en sa cathédrale de Saint Gilles. A l'issu de ce pèlerinage, il réclame lui même la Croix et s'engage donc à participer à la Croisade dès l'arrivée de l'armée. Ainsi, ses terres se retrouvent directement sous la protection du Saint Siège. Mais de sévères conditions lui sont imposées par le Pape ; elles lui seront durement rappelées par la suite.
L'armée Croisée est commandée par le sinistre Arnaud Amaury, futur Archevêque de Narbonne. Elle part de Lyon en juin 1209 et, après ce coup de théâtre, se détourne vers les terres du Vicomte de Trencavel qui possède à cette époque un grand domaine centré sur Carcassonne, allant de Béziers à l'Albigeois (voir Carte).

Le massacre de Béziers

Le Comte de Toulouse rejoint l'armée croisée à Valence. Trencavel, arrivé plus tard, offre sa soumission ; elle est refusée par Arnaud Amaury. Il n'a plus le choix et se prépare à la guerre.
L'armée croisée continue son chemin vers le Sud, épargne Montpellier, possession de l'épouse de Pierre II, et met le siège devant Béziers le 21 juillet 1209. Cette ville compte à l'époque 20 000 habitants ; l'évêque de la ville a dénombré 210 cathares avérés. Les habitants, confiants (trop !) dans leurs murailles, refusent de livrer les hérétiques et se préparent au siège.


Église de la Madeleine à Béziers
Dès le lendemain, à la suite d'une incroyable erreur des assiégés, une petite troupe de Croisés réussit à pénétrer en ville et ouvre les Portes. Les ribauds envahissent la ville, sous l'oeil bienveillant d'Arnaud Amaury. Quelques heures plus tard, la ville n'est plus qu'un champs de ruines fumantes. D'après la légende, 7 000 hommes, femmes enfants auraient été massacrés dans l'église sainte Madeleine où ils auraient trouvé refuge. Ne parvenant pas à démêler les bons chrétiens des hérétiques, Arnaud Amaury aurait déclaré à ses hommes :
"Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens !".

Béziers (vue de la cathédrale
St Nazaire
)
Les légats, dans leur rapport au Pape, parlent de 20 000 morts, c'est à dire la totalité de la population de la ville.

L'armée Croisée se dirige alors vers Carcassonne. Elle traverse les villages de la Région qui, abandonnés par leurs habitants, lui permettent de se ravitailler.

La prise de Carcassonne

Début août, l'armée Croisée met le siège devant Carcassonne qui, à l'époque se compose déjà de la Cité, et du Bourg sur la rive gauche de l'Aude. Trencavel, depuis son retour, a mobilisé ses vassaux et constitué des réserves.

Rapidement, le Bourg, moins bien fortifié, est pris, laissant les assiégés de la Cité dans une position précaire. Pierre II d'Aragon, qui est le suzerain de Trencavel, tente une médiation qui n'aboutit pas. Mais le mois d'août, dans nos contrées, est chaud, et les puits se vident. Ne pouvant plus se ravitailler dans l'Aude, les assiégés meurent de soif et d'épidémie.
Trencavel doit se rendre le 15 août ; la ville est prise et les Cathares sont suppliciés. Trencavel est déchu de ses titres, ses biens sont confisqués ; il est jeté dans une oubliette où il meurt 3 mois plus tard, probablement empoisonné,

Arnaud Amaury lui cherche un successeur, mais peu de seigneurs français sont intéressés : après 40 jours de Croisade, ils ont la possibilité de rentrer chez eux. Il finit par convaincre un petit seigneur désargenté d'île de France : Simon de Montfort

Simon de Montfort

Simon de Montfort est issu d'une famille de barons d'Ile-de-France par son père et anglo-normand par sa mère.
En 1202, il embarque pour participer à la quatrième croisade. Il en ramènera un morceau de la sainte Croix qu'il offrira au monastère de Hautes Bruyères.
En 1209 il fait partie de l'armée des croisés contre les Cathares, participant aux sièges de Béziers et Carcassonne. Après ce dernier, il est choisi comme chef de l'armée. Il ne tarde pas à devenir vicomte de Béziers et de Carcassonne.
En 1213, il défait l'armée du roi Pierre II d'Aragon, qui est tué, à la bataille de Muret et se proclame Comte de Toulouse. Mais il meurt au cours du siège de Toulouse. Sa cruauté envers les cathares est restée célèbre, de même que sa piété et son courage au combat
Simon de Montfort 1165-1218

La prise de Minerve, la conquête du pays, et l'Occupation

Simon de Montfort se retrouve dès lors bien isolé, dans un pays à conquérir : les principaux barons du Nord ont quitté un a un la Croisade, leur temps de service terminé. Pourtant, avec une petite troupe de fidèles, il écume le pays, s'aventurant jusque dans le comté de Foix. Lorsqu'il en a la possibilité, il s' empare d'un château ou d'un village mal défendu. Les seigneurs du lieu sont alors contraints à l'exil : ils deviennent des "faydits", et inspireront la résistance méridionale pendant plus de 10 ans.
On peut se demander comment Simon de Montfort parvint à tenir sa Vicomté dès l'armée Croisée partie ; c'est sans aucun doute grâce au haut clergé catholique ravi de l'aubaine et à la complicité de quelques seigneurs locaux ralliés, mais aussi à la passivité de Raimond VI, impassible devant le massacre de Béziers et la prise de la Vicomté de Trencavel, puis peu actif quand il en était encore temps.
Dès le mois de novembre, Simon tente de prêter serment à Pierre II, qui refuse : il faut dire que sa nomination comme Vicomte de Carcassonne en lieu et place de Trencavel était complètement illégale au regard du droit féodal. Plusieurs seigneurs du Midi se révoltent avec des fortunes diverses. Pendant toute l'année 1209 et début 1210, Simon de Montfort continue de guerroyer sur les terres de la Vicomté de Carcassonne et du Comte de Foix. Sa cruauté est impressionnante, même en cette époque.


"Circulade" de Bram
Après la prise de Bram, il prend cent habitants, auxquels il crève les yeux, coupe le nez, les oreilles et la lèvre supérieure.
Il les envoie à Cabaret, coeur de la rébellion, guidé par l'un d'entre eux à qui il a laissé un oeil !
Cabaret est le plus ancien des 4 châteaux de Lastours, à quelques kilomètres de Carcassonne (voir photo)

Les 4 châteaux de Lastours

Dès la prise de Carcassonne, une délégation des Croisés a été envoyée à Toulouse pour demander que lui soient livrés les hérétiques. L'archevêque de la ville est en effet l'un des pires ennemis des Cathares, justement nommé là par la papauté : Foulque de Marseille, ancien troubadour et qui fera parler de lui dans la suite de l'histoire. C'est lui qui a dressé une liste noire de toulousains suspects, et qui communique avec les Croisés. Le Comte et les consuls de Toulouse refusent, ce qui vaut une nouvelle excommunication à la ville, à son Comte et à tous ses édiles.
Pourtant, le pape doit composer, en particulier car Philippe Auguste, le roi de France, ne voit pas cette aventure d'un bon oeil et demande des garanties légales. On prépare un concile et, jusque là, l'interdit est levé.


colombe
Simon reçoit bientôt des renforts et repart à l'attaque des forteresses rebelles. Fin juin, il met le siège devant Minerve, à l'instigation, il faut bien l'avouer, du vicomte de Narbonne... Le siège dure 5 semaines et les assiégés sont vaincus, une nouvelle fois, par le manque d'eau. 140 Parfaits sont envoyés au bûcher par Arnaud Amaury, ce qui provoque un vent de panique chez les résistants qui un a un fixent les conditions de leur reddition. Les derniers combattants, tels Raimond de Termes doivent capituler.


"la sentinelle de Minerve"

A la fin de l'année 1210, Simon de Montfort est presque totalement maître de l'ancienne Vicomté de Trencavel : seule la forteresse de Cabaret résiste encore. Ainsi, pendant 3 ans et durant la saison chaude, Simon guerroie dans les anciens domaines Trencavel et sur les marges des comtés de Foix et de Toulouse, au rythme de l'arrivée de renforts Croisés venus de toute l'Europe.

Les déboires de Raimond VI

Le concile prévu se réunit à Saint Gilles. Sous la pression des légats et des prélats du Midi, il confirme la sentence d'excommunication de Raimond VI. Toutes les tentatives de conciliation entre lui et Montfort échouent, et celui-ci espère bien pouvoir s'en prendre directement aux possessions du Comte de Toulouse. Un autre bonne nouvelle pour Simon en ce début d'année 1211 : Pierre II accepte enfin son hommage pour l'ancienne Vicomté de Trencavel, en échange de la limitation de ses conquêtes. Le roi d'Aragon, dans un souci d'apaisement lui promet même de marier leurs enfants (qui n'ont, c'est vrai, guère plus de 2 et 3 ans...). En revanche, Sancie, soeur de Pierre II est mariée au fils de Raimond VI.
Mais toute cette nouvelle stratégie est mise à mal par les nouvelles exigences d'Arnaud Amaury : le Comte, outre les engagements pris en 1209, doit partir en Terre Sainte et y rester aussi longtemps que les autorités ecclésiastiques l'auront décidé, y servir un des ordres de moines-soldats ; ses vassaux doivent, de plus, livrer et démolir leurs châteaux et s'installer en plaine, ce qui interdit bien sûr toute action militaire ultérieure. Devant ces conditions inacceptables, Raimond rend compte à son suzerain, Pierre II puis repart dans ses domaines où il explique à ses vassaux indignés les exigences des Croisés. Pendant ce temps là, ce qu'il redoutait le plus se produit : il est de nouveau excommunié et ses terres sont "exposées en proie".
Dès lors, il n'y a plus d'autre choix que la guerre.

La guerre

Simon décide de s'en prendre d'abord au dernier seigneur rebelle de la vicomté : Cabaret. Pierre-Roger n'a guère d'autre choix que de se rendre.

L'objectif de Simon est maintenant Lavaur, fief de Dame Geralda, parfaite avérée. La ville, qui appartient au Comte de Toulouse, est elle même un refuge abritant de nombreux parfaits.
De nombreux croisés arrivent en renfort, de même que plusieurs milliers de membres de la "confrérie blanche", milice toulousaine catholique créée par l'archevêque de Toulouse, Foulque. Mais un parti de 5000 allemands venant en renfort de Simon est massacré par le Comte de Foix. De son côté, Raimond VI arrive à Lavaur pour prêter main forte à la ville.
Le siège dure 1 mois et les croisés finissent par prendre la ville. Geralda est jetée vivante dans un puits et lapidée ; les 80 chevaliers de la garnison sont exécutés et 400 Parfaits sont conduits au bûcher.

L'armée croisée se remet en route. Plusieurs villes et châteaux sont pris. Les Cassés est investi et 60 cathares y sont brûlés. Raimond VI ne peut rien contre Montfort : il perd successivement Castelnaudary, puis Monferrand, près du seuil de Naurouze, où il est trahi par son frère Baudoin. Rabastens, Gaillac, Saint-Antonin Nobleval se rendent sans combattre. Bruniquel se rend à Baudoin.
Les croisés se dirigent maintenant directement vers Toulouse. A Montgiscard, ils reçoivent d'importants renforts et Toulouse est maintenant menacée.
Arnaud Amaury et Foulque jettent le masque et fixent les conditions pour que Toulouse soit épargnée : les habitants et les Consuls doivent renier leur Comte. Ils refusent et Foulque jette l'interdit sur la ville. Le 17 juin 1211, le siège est mis devant Toulouse. Toute la population de la ville est prête à en découdre, sous les ordres du Comte de Foix.
Heureusement, les choses commencent à se gâter dans le camps des croisés : des dissensions voient le jour, les convois de ravitaillement sont attaqués et finalement le camp des croisés est dévasté par le gendre de Raimond VI, Hugues d'Alfaro (qui, à la suite d'erreurs de traduction et de prononciation a donné son nom à l'actuelle "rue pharaon"). Le siège est finalement levé le 28 juin ; c'est le premier échec de Simon de Montfort.
Simon se venge en ravageant le Comté de Foix, le Quercy, le Lauragais. Mais dès qu'il a le dos tourné, les garnisons qu'il laisse sont massacrées et les habitants rappellent leur seigneur légitime. Tout le Lauragais se soulève. Une puissante armée occitane marche sur Castelnaudary que Simon défend vaille que vaille. Les croisés remportent une demi-victoire, mais ce sont les occitans qui clament Victoire. De nombreux seigneurs locaux se rallient alors à Raimond VI.
Le 2 mai, Arnaud Amaury se proclame Archevêque de Narbonne, puis en profite pour s'instaurer Duc de Narbonne. Ensuite il quitte le Languedoc pour se rendre en Espagne où une grande bataille se prépare contre les musulmans.
Durant toute l'année 1212, Simon de Montfort et Raimond VI, assisté de ses alliés, les Comtes de Foix et de Cominges, se livrent à une partie de cache-cache dans la région. Mais les 3 comtes occitans n'ont ni les chevaliers, ni les hommes, ni les moyens de s'opposer à Montfort. Les places fortes, les villes et les châteaux du Comté de Toulouse sont tous pris successivement par les croisés dont les forces sont régulièrement alimentées par les prêches de Foulque, en France.
Au début de l'hiver, seules Montauban et Toulouse résistent encore.
Simon en profite pour essayer de donner un cadre légal à ses conquêtes. Déjà, l'idée de l'annexion par les Français germe sous la croisade : il est dit que désormais, les successions "se feront selon la Coutume de France autour de Paris".

3 batailles qui en 2 ans ont changé l'Europe...

C'est la bataille de Las Navas de Tolosa qui décide dans une large mesure de l'issue finale de la "Reconquista" de l'Espagne par les chrétiens. Les croisés se rassemblent fin mai 1212, à Tolède. Il y a là : 60 000 Castillans, conduits par Alphonse VIII de Castille, 50 000 Aragonais et Catalans emmenés par Pierre II d'Aragon, 50000 vassaux d’Alphonse IX, roi de León et plus de 60 000 "Francos" avec les prélats de Narbonne (Arnaud Amaury), Bordeaux et Nantes.

 

LAS NAVAS DE TOLOSA : 16 juillet 1212

 

Cliquez sur l'image pour le récit de la bataille

Dans cette bataille qui unit la crétienté contre les Almohades, musulmans du Maroc et d'Espagne, Pierre II d'Aragon gagne peu de choses en termes militaires, et n'agrandit pas son domaine. Mais par son action décisive contre les Maures, il y conquiert le titre de Pierre II le Catholique, ce qui lui vaut le respect du vatican et de toute la chrétienté .

SUITE


Dès le retour de Pierre II en Catalogne, après sa victoire sur les Maures (16 juillet 1212), Raymond VI traverse les Pyrénées. Il n’a plus d’autre choix que de lui demander de l’aide.

Ils élaborent ensemble un plan, qui, s’il est assez défavorable au Comte de Toulouse, permet néanmoins de préserver l’essentiel. Ce plan met l’accent sur les torts de Montfort qui a outrepassé ses droits en attaquant les Comtés de Foix, Cominges et Toulouse. Il reconnaît aussi les torts de Raimond VI qui est prêt à les reconnaître en abdiquant en faveur de son fils. Le Comté de Toulouse est mis sous séquestre par le roi d’Aragon jusqu’à ce que le jeune Raimond soit en âge de régner.

Le Pape accepte ce plan et ordonne l’arrêt immédiat de la Croisade. Il critique très durement l’action de Simon de Montfort et d’Arnaud Amaury. Or dans le même temps, se tient un concile à Lavaur. Ses conclusions sont très défavorables à Raimond VI et Pierre II qui a le tort de ne pas en tenir compte.
Le 27 janvier 1213, Raimond VI et son fils prêtent serment à Pierre II. C’est donc le début d’un grand royaume Occitano-Catalan dont l’existence va se révéler très éphémère. En effet, le Pape ne tarde pas à changer d’avis, déclare le Plan et les serments nuls et non avenus, et réitère son appel à la Croisade. L’affrontement est devenu inévitable et les Toulousains, comme les Aragonais mobilisent.

Le 8 septembre, l’armée Aragonaise arrive devant Muret. Arnaud Amaury et Simon de Montfort rentre dans la ville 2 jours plus tard.

Muret en 1213

MURET : 12 septembre 1213

ou comment perdre une bataille imperdable...

Le 10 septembre, les comtes de Toulouse, Foix et Comminges et le Vicomte de Béarn rejoignent le camp des Aragonais accompagnés des milices toulousaines, des consuls de la ville, et de nombreux chariots de vivres.
Les Croisés et Montfort sont dans une position très délicate. Ils ne devront leur salut qu'à l'esprit chevalresque de Pierre II, qui s'oppose à la tactique prudente de Raimond VI. La disproportion dans les forces en présence : environ 3000 cavaliers plus les milices venues de Toulouse et Montauban côté méridional, contre un peu plus de 1000 cavaliers pour les Croisés, lui font perdre toute prudence. Il décide non seulement de ne pas attendre les renforts en route vers Muret, mais de revendiquer une position très exposée dans la bataille, déguisé en simple chevalier.
Les Croisés, Simon de Montfort en tête, font une sortie que Pierre II a décidé d'attendre en rase campagne. L'armée alliée se dispose en 3 corps : le premier commandé par le Comte de Foix, le second, par le Roi, et le dernier par Raimond VI, placé en retrait.
Le Comte de Foix et le 1er corps attaque la ville par la porte Saint-Germier, mais il se heurte à des barricades dressées par les Muretains et leurs consuls pendant la nuit. Les rues sont étroites, les cavaliers piégés ont bien du mal à rebrousser chemin.
Une habile manoeuvre de Simon de Montfort permet de neutraliser le 3e corps de Raimond VI et d'isoler le second corps des alliés. Bientôt esseulé, le roi, objectif principal des Croisés, est tué. C'est la débandade générale. Les milices toulousaines, parties à l'assaut du château sont prises en tenaille. Les Toulousains sont massacrés ou se noient dans la Garonne. Le reste de l'armée Croisée se rue sur le camp méridional et massacre tous ceux qui s'y trouvent.

On parle de 20 000 morts et on raconte encore que la Garonne a coulé rouge pendant plusieurs jours...

C'est la fin du grand royaume trans-pyrénéen de Pierre II, qui n'aura vécu que 7 mois, et la fin également des vélléité d'intervention de la couronne aragonaise dans les affaires du Nord des Pyrénées. Le successeur de PIerre II, son fils Jacques, continuera la "Reconquista" en agrandissant son royaume vers Valence et le Sud de l'Espagne.

Raimond VI se réfugie à Toulouse, puis part pour l'Angleterre négocier avec le dernier souverain méridional : Jean sans Terre, qui est également maître de l'Aquitaine.


En 1214, le royaume de France se retrouve très menacé : Jean sans Terre, roi d'Angleterre, a réussi à monter une coalition avec Othon IV, empereur romain germanique. La plupart des seigneurs installés entre l'Escaut et le Rhin se joignent à cette coalition. L'année précédente, alors que Philippe Auguste guerroyait déjà contre Ferrand de Flandre, les Anglais avaient anéanti la flotte française dans le port de Damme.
Les coalisés envisagent alors un plan d'invasion d'envergure dans lequel les troupes anglaises de Jean sans Terre attaqueront par La Rochelle et Othon et ses alliés par le Nord.


BOUVINES : 27 juillet 1214

 

Cliquez sur l'image pour le récit de la bataille

Philippe Auguste dépêche le prince Louis - le futur vainqueur du Languedoc - garder la Loire à la tête d'une armée de 14 000 hommes. Le prince défait l'armée anglaise le 2 juillet 1214 à la bataille de la Roche-aux-Moines, près d'Angers, .

A la nouvelle de cette victoire, Philippe Auguste décide de prendre l'initiative sur le front nord avec le reste de son armée, avant que les renforts lorrains et allemands ne rejoignent les troupes de l'empereur.

SUITE

Les suites de Muret et l'occupation de Toulouse

Après Muret, Monfort ne profite pas de son avantage et renonce à prendre Toulouse. Il faut dire que ses arrières ne sont pas sûrs et que ses nouveaux vassaux ne manquent pas une occasion de se retourner contre lui. La fin de l'année 1213 et le début 1214 se passent en escarmouches où tantôt Montfort, tantôt Raimond VI ont le dessus.Fin mars 1214, un grand rassemblement de prélats et de seigneurs aragonais se tient à Narbonne, en présence du nouveau Légat du Vatican. Il a pour but d'obtenir la libération de Jacques, fils de Pierre II, prisonnier des français. Le légat obtient la libération de Jacques, et réconcilie les comtes de Foix, de Cominges et les consuls de Toulouse avec l'église. Il rencontre bientôt Raimond VI et le convainct de faire amende honorable, de se soumettre à l'Eglise et d'abdiquer en faveur de son fils. Durand toute l'année 1214, Montfort, pour sa part continue de guerroyer en Agenais, c'est à dire sur les domaines de Jean sans Terre, en Périgord, Quercy, Rouergue dans le but avoué de conquérir de nouvelles terres.
Début 1215, un nouveau concile se tient à Montpellier. Il a pour but de régler la question de la Croisade. le concile, dominé par les prélats méridionaux, est unanime à vouloir concéder à Montfort les droits sur les terres conquises, y compris le Comté de Toulouse. Montfort en profite pour spolier le Comte de ses droits partout où il le peut, avec la complicité des prélats locaux.

Pendant ce temps, Raimond VI s'est rendu à Rome et a réussi a persuadé le Pape de sa bonne foi. Malheureusement pour lui, ce sont les prélats du concile de Montpellier qui lui succèdent et qui obtiennent une nouvelle volte face du Pape, décidément très versatile ! Il finit par accepter de donner en gage les terres du Comte à Montfort, en attendant le prochain concile qui doit se tenir à Latran. Les choses se gâtent encore pour Raimond VI car le fils de Philippe Auguste, le futur Louis VIII, a décidé de prendre la croix. Son expédition dans le Midi n'est en fait qu'une promenade de santé et sa seule intervention consiste à demander la destruction des remparts de Narbonne et Toulouse.

Fin 1215, le concile de Latran commence. C'est un gigantesque rassemblement de toute la chrétienté. Sont présents une vingtaine de cardinaux, plus de 400 archevêques et même des prélats de l'église orthodoxe. Les affaires du Languedoc ne sont qu'un des points traités par le concile, mais toutes les personalités importantes du conflit y sont présentes ou représentées ; Raimond VI y participe en personne. Il y reçoit l'appui de poids du pape lui même, mais contre toute attente, Innocent III est vaincu par les prélats et seigneurs qui viennent de faire main basse sur l'Occitanie. Le Comte Raimond VI y perd toutes ses terres au profit de Montfort et est condamné à l'exil. Seul le Marquisat de Provence est mis sous séquestre pour être restitué ultérieurement à son fils, le jeune "Raimondet". Mais une ultime rencontre avec le Pape a semblé montrer qu'il ne verrait pas d'un mauvais oeil la reconquête de leurs terres par les 2 comtes... ce qu'ils vont démarrer immédiatement.

Le 7 mars 1216, Simon de Montfort s'installe sans combat au chateau Narbonnais, à Toulouse, et ordonne de continuer la démolition des remparts, ce que les Toulousains font de très mauvaise grâce.
Il se proclame aussitôt en plus de Comte de Leicester (en Angleterre, où ses descendants feront souche), Comte de Toulouse, Vicomte de Béziers et de Carcassonne, et Duc de Narbonne, titre dont il vient de dépouiller Arnaud Amaury lui-même, et avec qui il se fâche définitivement.

 

En avril, il rend hommage à Philippe Auguste pour la totalité de ses nouveaux fiefs, ce qui réaffirme la suzeraineté du roi de France sur des terres qui ne faisaient plus partie de ses domaines depuis très longtemps.


Hommage de Simon de Montfort à
Philippe Auguste

Beaucaire et le début de la reconquête

A cette époque, la Provence est divisée en 2 grandes entités :
sur la rive gauche du Rhône, entre la Durance et la mer, le Comté de Provence est très lié à la Catalogne ;
au nord de la Durance dans ce qui correspond actuellement à peu près au Vaucluse et à l'Isère, le Marquisat de Provence est traditionnellement aux mains du Comte de Toulouse.
La rive droite du Rhône est quand à elle partie intégrante des domaines du Comte de Toulouse.
Dès le début de l'année 1916, venant de Rome, Raimond VI et son fils débarquent à Marseille avec la ferme intention de reprendre les armes. C'est une véritable marche triomphale qu'ils entreprennent vers leur domaine du Marquisat. Les foules de Marseille et d'Avignon sont  enthousiastes. Tarascon et bientôt toutes les places fortes et les villes de Provence et du Comtat Venaissin se rallient à la Maison de Toulouse.
Raimondet commence à lever des troupes dans la région, et son père se rend en Aragon chercher des renforts.

Les villes de Tarascon et de Beaucaire sont jumelles et seulement séparées par le Rhône. Tarascon fait partie du Comté de Provence, et, sur l'autre rive, Beaucaire est au Comté de Toulouse, donc à Montfort. Installé à Tarascon, Raimondet ne tarde pas à recevoir l'hommage de Beaucaire, où la garnison française est obligée de se replier sur le château. Raimondet décide de s'en emparer et en entreprend le siège.

Tarascon et Beaucaire

Le château de Beaucaire
Si les assaillants sont bien nourris et soutenus par les populations avoisinantes, il n'en est pas de même des assiégés qui, au coeur d'un pays hostile, se retrouvent bientôt à court de nourriture et d'eau. Mais çà ne les empêche pas de se défendre héroïquement, ce qui donne le temps à Montfort d'accourir à leur secours.
Mais la Croisade est finie, et le flot ininterrompu de Croisés venus du Nord s'est tarri : Montfort ne peut plus compter que sur ses propres forces. Après des combats acharnés où Monfort fit valoir toute sa ruse et Raimondet toute son audace, Montfort finit par demander la paix.

Ainsi en juillet 1216, 4 mois seulement après son triomphe, Montfort connait sa première grave défaite. Il cède Beaucaire et s'en retourne à bride abattue vers Toulouse, où on lui a signalé l'arrivée du Comte légitime à la tête d'une petite troupe. Malheureusement, Raimond VI hésite et n'ose pas s'opposer à Montfort, qui arrive devant Toulouse en ordre de bataille et va faire payer à la ville son échec de Beaucaire.

Le siège de Toulouse, la mort de Simon de Montfort et la Libération

 

La Croisade Royale

 

Le traité de Meaux et la fin de l'indépendance Occitane

 

L'inquisition

 

Le bûcher de Monségur

 

Rattachement au Domaine Royal

 

en travaux

 

En guise d'épitaphe, cet extrait d'un poème de Pèire Cardenal :

Falsedatz e desmezura
An batailla empreza
Ab vertat e ab drechura
E vens la falseza.

"Fausseté et démesure ont entreprit bataille contre vérité et droiture, et la fausseté est victorieuse"