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Ch. BOSCHET ©
Mars 2006

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Naissance, vie et mort de l'Occitanie (de l'an Mil à 1208)

Une nouvelle civilisation apparaît dans les premières décennies du XIe siècle dans ce qui est actuellement le Sud de la France, le Nord de l'Espagne et l'Ouest de l'Italie : c'est la naissance de l'Occitanie. Elle n'atteint pas son plein développement car elle est submergée au début du XIIIe siècle par la Croisade des Albigeois et l'invasion des grands et petits seigneurs Francs du Nord.

 
  • la langue occitane
  • la civilisation Occitane en l'an Mil et après
  • Les Trencavel, vicomtes de Carcassonne
  • la situation internationale au XIIe siècle
  • Archevêques et Vicomtes de Narbonne
  • le renouveau des arts
  • "trobar" & "paratge"
  • les troubadours
  • la "fin'amor"
  • les formes littéraires
  • l'art roman
  • les écoles
  • le rôle des femmes
  • Ermengarde, Vicomtesse de Narbonne
  • l'hérésie albigeoise
  • Le Monde au début du XIIIe siècle

Les Trencavel

Archevêques et vicomtes de Narbonne

Sirventès de Guilhem Figueira

Ermengarde

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La langue Occitane

La naissance de l'Occitan, ou Langue d'Oc date de bien avant l'an Mil. Évidemment, encore plus au sud qu'au nord, et depuis plusieurs siècles, le latin n'est plus compris que par quelques moines ou scribes, tout le monde s'exprimant dans une "langue vulgaire" proche du latin par son vocabulaire mais à la syntaxe très différente. Cette langue est parlée par toutes les populations du sud de la France. Elle est comprise dans certaines parties de la péninsule ibérique (le Catalan de cette époque en est très voisin) et du Nord de l’Italie. Elle est si prestigieuse que Dante Alighiéri se posera la question de savoir s’il doit écrire en langue d’Oc ou en Italien.


Aire de diffusion de l'Occitan

En réalité, à cette époque, la langue occitane n'est pas monolithique : de nombreux dialectes ou parlers locaux coexistent, et l'on doit aux troubadours des XIIe et XIIIe siècle d'avoir institué un "occitan moyen" compréhensible dans l'ensemble de l'occitanie, et même hors de ses frontières (Poitiers et Catalogne par exemple).
Il existe alors, et probablement depuis avant le Xe siècle, un véritable dualisme linguistique entre pays d'oïl - grosso modo au nord de la Loire - et pays d'Oc, au sud. Plusieurs théories cherchent à expliquer pourquoi en Gaule, qui se convertit assez vite au latin après la conquête romaine, sont apparus deux ensembles linguistiques aussi différents. Aucune de ces théories n'a pris un ascendant définitif sur les autres, mais on peut penser que notre région, occupée plus tôt et plus profondément, a gardé de la période romaine une empreinte plus importante que le reste de la Gaule. Le faible peuplement ultérieur par les "barbares" d'origine germanique y est certainement aussi pour quelque chose. Le nord de la Gaule, moins romanisé et beaucoup plus peuplé par les Francs que le Midi par les Wisigoths a sans doutes été plus influencé par les parlers germaniques.

Quoiqu'il en soit, le 1er document rédigé non pas en latin mais en occitan qui nous soit parvenu date de l'année 1002. Les premiers poèmes connus sont le "Boecis" et la "chanson de Sainte Foy d'Agen" (ce dernier attribué à la région Narbonnaise) qui datent à peu près de la même époque.

Pourtant, et même si l'activité artistique ne s'est jamais complètement éteinte dans le midi pendant les "siècles obscurs", rien ne laissait présager l'épanouissement de la civilisation occitane à partir du XIe siècle et qui allait devenir une des civilisations les plus brillantes, les plus originales et des plus élaborées du Moyen Âge.

La civilisation Occitane en l'an Mil et après

Tout d'abord, la civilisation de cette époque est essentiellement agraire. Dans le Midi, il y a peu de progrès technique, peu d'inventivité et l'on exploite la terre à peu près de la même manière qu'il y a mille ans.

L'évolution des moeurs et de la civilisation viennent probablement des châteaux et des abbayes, construits en nombre au siècle précédent. Des liens se créent autour de ces châteaux, à l'origine propriétés des nobles issus de la vieille aristocratie gallo-romaine et Wisigothique, puis des Comtes, Vicontes et "missi dominici" nommés par le pouvoir Carolingien. Le château devient le centre d'un territoire où le châtelain perçoit des revenus et des redevances (pour le moulin, pour le four banal, pour le passage) et qu'il doit protéger. Il n'en est pas propriétaire et n'a en général pas de "serfs" : dans le sud, 90% des terres sont propriété des "alleutiers", volontaires pour occuper des terres en friches (on dirait aujourd'hui des colons). De même la "Corvée" est très rare dans le Midi. On peut donc considérer que les paysans sont libres, bien que soumis aux taxes, et souvent même propriétaires de leur lopin de terre ; ce qui ne veut pas dire qu'ils vivent dans l'opulence...

L'autre Pouvoir provient de l'Eglise : les abbayes grandes et petites ont acquis des terres, souvent par donation. C'est pourquoi les grandes familles s'arrachent les charges d'évêque, d'abbé et jusque de prêtres des plus petites églises ou chapelles. Le niveau moral de l'église occitane devient très bas et les moeurs se relâchent : au début du XIe siècle, au moins 8 des 21 évêchés provençaux sont occupés par des évêques mariés, qui ont beaucoup d'enfants légitimes ou pas. Le bas clergé en suit l'exemple et les prêtres ont souvent des concubines et des enfants.
A cette époque et contre la dégradation des moeurs de l'église naît en occitanie un "mouvement pour la Paix de Dieu" qui se fixe pour tâche de protéger les églises, lutter contre l'insécurité, mettre un frein aux usurpations, instaurer une "trêve de Dieu" autour du dimanche pendant laquelle il est interdit de se battre. De même et dans le domaine culturel, les textes s'améliorent, le latin employé devient plus correct. L'église occitane finit par retrouver une place importante dans la vie du pays. Ce mouvement est soutenu en particulier par le Pape Grégoire VII (qui promulgue la "réforme grégorienne") et l'abbaye de Cluny, dont l'influence s'étend rapidement en Europe.

Dans les zones rurales, on assiste dans le premières décennies du XIe siècle à un important renouveau démographique : le défrichement et la reconquête de terres inoccupées depuis la fin de l'empire romain deviennent nécessaires. Pourtant, ce mouvement d'émancipation ne plaît pas beaucoup aux nobles et expulsions, annexions des terres, intimidations sont monnaie courante sans pour autant provoquer de révolte de la part des paysans résignés.
Les villes se repeuplent et certaines, telles Narbonne, Toulouse, Arles ou Marseille, redeviennent de grands centres commerciaux. Le peuplement permet aux villes de créer de nouveaux quartiers, atteignant parfois leurs murailles antiques, ou créant même des "faubourgs" hors les murs. Au XIe siècle, de nouveaux remparts sont construits pour protéger les grandes villes et on élève les premières cathédrales. Toute une industrie, en particulier textile commence à émerger. L'augmentation de la population favorise également le développement des zones rurales et maraîchères qui doivent pourvoir aux besoins alimentaires des populations urbaines. Les grandes villes renaissantes du Languedoc attirent l'attention des marchands Pisans et Gênois qui y entretiennent des comptoirs et font circuler les idées. Des marchés et des foires se créent autour de carrefours de circulation ou de pèlerinage comme par exemple à Saint Gilles, près du Rhône.

Pourtant la situation politique est extraordinairement complexe et les rivalités conflictuelles entre Comté de Toulouse, Aquitaine, Aragon-Catalogne sont permanentes. Cette situation se décline à tous les niveaux et les vicomtes sont aussi en conflit permanent avec les archevêques (à Narbonne par exemple), entre eux, ou avec le Comte dont ils dépendent : on en appelle régulièrement au Pape, qui ne manque pas d'en tirer parti. La notion de suzeraineté si importante au Nord semble ne pas avoir beaucoup de signification en Languedoc, et on change souvent de suzerain au gré des politiques locales.

 

Les Trencavel, vicomtes de Carcassonne

La dynastie des Trencavel apparaît aux environs de l'an Mil. Elle réunit peu à peu dans une Vicomté centrée sur Carcassonne, les terres du Carcassès et du Razès, une bonne partie du Minervois et jusqu'à Albi, Béziers, Limoux, Agde et Nîmes. En revanche, Narbonne ne leur a jamais appartenu.

En 1067, le Vicomte Roger meurt sans descendance mâle. Ramon Berenguer I de Barcelone récupère ce qu'il considère comme un héritage, en achetant Carcassonne. Mais la soeur de Roger, Ermengarde, a épousé Raimond Bernat Trencavel, vicomte de Nîmes et d'Albi. A la mort du comte de Barcelone, Ramon Berenguer II, en 1082, la famille Trencavel revendique et occupe Carcassonne

Lorsque, au début du XIIe siècle, Ramon Berenguer III de Barcelone essaye de récupérer Carcassonne, Bernard Aton Trencavel, fils d'Ermengarde, se tourne vers le comte de Toulouse. A partir de cette époque, la politique des Trencavel consiste à préserver leur relative indépendance en jouant les comtes de Toulouse contre les comtes de Barcelone (et vice-versa...). Le règne de Bernard Aton, de 1074 à 1129, constitue l'heure de gloire de la Cité de Carcassonne et l'apogée de la dynastie.

Le château des Trencavel, dans la Cité de CARCASSONNE, bâti par Bernard Aton

En 1143, Roger Trencavel est opposé au comte Alphonse Jourdain, avant de se réconcilier en 1149 avec son successeur Raimon V. Raimon Trencavel de Béziers, qui hérite des biens de Roger en 1150, reste hostile au Toulousain et n'hésite pas à lui faire la guerre jusqu'en 1163. A sa mort en 1167, son fils, Roger II, joue sur les deux tableaux : il épouse une fille de Raimon V de Toulouse, contre lequel il se retourne pourtant en 1177, en se reconnaissant vassal de l'Aragon... avant de changer de camp une nouvelle fois en 1191. Quand éclate la croisade contre les albigeois, Raimon VI de Toulouse et son neveu Raimon-Roger Trencavel n'arrivent pas à faire front commun et Raimon-Roger ne survivra pas à l'offensive sanglante des croisés.
Dans leurs domaines, les Trencavel se montrent remarquablement accueillants avec les "hérétiques", ce qui leur vaudra d'être en première ligne lorsque la Croisade déferle sur le Languedoc. Le dernier Vicomte de Carcassonne, Raimond Roger Trencavel, qui n'a jamais caché sa sympathie pour les Cathares, y perdra sa Vicomté et tous ses titres. A sa mort, vers 1270, plus rien ne s'oppose à la mainmise directe du roi de France sur les terres des Trencavel.

 

C'est pourtant dans ce contexte anarchique que naît la civilisation occitane qui connaîtra son apogée au XIIe et XIIIe siècle, avant d'être anéantie par la Croisade des Albigeois.

La situation internationale au XIIe s

Quelques années plus tôt, en 1066, un événement d'une énorme portée historique a eu lieu : Guillaume le conquérant, duc de Normandie, s'est emparé de l'Angleterre. Bientôt ses successeurs et rois d'Angleterre pourront intégrer l'Aquitaine à leurs domaines normands, angevins, anglais.

Au XIIe siècle, le royaume Franc s'est encore d'avantage émietté entre les grands Féodaux. Le pouvoir Royal des Capétiens ne s'exerce guère que dans une partie de l'Ile de France. Il n'ont pratiquement plus aucun rôle dans le Midi.

Dans le Sud, le principal pouvoir régional est le royaume d'Aragon, qui a fusionné avec le Comté de Barcelone. Son domaine s'étend sur la catalogne, l'Aragon, la région de Valence, l'actuel Roussillon. Ses victoires contre les Musulmans d'Espagne (la "Reconquista") lui valent un grand prestige politique. Ses manoeuvres habiles lui permettent de partager la Provence avec les Comtes de Toulouse et de recevoir l'hommage des Trencavel, pourtant vassaux du Comte de Toulouse.


L'Europe en 1100

Depuis son mariage avec Aliénor d'Aquitaine (1154), le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt est maître de l'Aquitaine. Mais l'hétérogénéité de son domaine et les difficultés qu'il rencontre avec ses vassaux ne lui permettent pas de jouer un grand rôle dans la région.

La 3e grande puissance de la Région est le Comté de Toulouse qui semble lui aussi divisé en micro principautés. Malheureusement ses comtes se sont pendant longtemps plus intéressés aux croisades en Orient et à leurs fiefs de Terre Sainte qu'à leur Comté : en 1096, à la suite de l'appel à la croisade du Pape Urbain II, Raimond IV de Toulouse prend la tête de la 1ère Croisade en Terre Sainte. Il prend la ville de Tripoli, crée un Comté Toulousain de Tripoli et délaisse son Comté Toulousain. Ses successeurs participent également aux Croisades en Orient (Alphonse Jourdain y trouve la mort). La faiblesse de l'organisation du Comté, l'appétit de ses vassaux, le manque d'envergure de sa bourgeoisie et sa faiblesse militaire expliquent en grande partie la catastrophe du siècle suivant.

les 3 pouvoirs en occitanie au 12e siècle
Le Comté de Toulouse
au XIIe siècle
.

Le comté de Toulouse est pendant la majeure partie du XIIe siècle, politiquement en grande difficulté : grignoté plus ou moins ouvertement à l'extérieur par les rois d'Aragon-Catalogne (les comtes de Barcelone) et le roi d'Angleterre, et à l'intérieur par les Vicomtes de Trencavel ou de Narbonne. Il faut attendre le XIIIe siècle pour que, face à la menace Française, le Comte de Toulouse se réconcilie avec le Vicomte de Carcassonne, et que les deux principaux monarques régionaux Raimond VI de Toulouse et Pierre II d'Aragon mettent fin définitivement à leur rivalité. Mais, principale victime de la Croisade des Albigeois, il n'aura jamais l'occasion de devenir la puissance régionale que ses Comtes désiraient.

Narbonne présente des particularités dans ce paysage : la ville constitue une vicomté autonome, partagée entre le pouvoir du Vicomte (ou de la Vicomtesse : voir l'histoire d'Ermengarde) et de l'Archevêque. De plus, elle possède une des communautés juives les plus importantes et actives d'Europe. Les Juifs de Narbonne participent activement au Commerce avec le Levant ; certains obtiennent des charges importantes auprès des édiles de la ville, et même des Archevêques.

 

Archevêques et Vicomtes de Narbonne

Les archevêques de Narbonne
Dès le VIIIe siècle, l’archevêque de Narbonne, dont le domaine foncier ira croissant, perçoit diverses taxes sur le commerce terrestre et maritime, sur les salines et la circulation des troupeaux.
Il tient justice, possède sa propre cour et sa propre prison, bat monnaie… Symbole de son pouvoir politique et militaire, son palais est jusqu’alors centré sur la cour de la Madeleine, le palais Vieux, abritant actuellement le musée archéologique. Après de multiples changements de mouvance, le Duché de Narbonne est, au moment de la croisade, sous la tutelle du comte de Toulouse.
A cette époque, le prélat de Narbonne, Béranger, fils du comte de Barcelone, n'opposa aucune résistance au catharisme et afficha un laissez-aller qui provoqua des remontrances violentes de Rome. Il sera déposé et remplacé par Arnaud-Amaury ("auteur du célèbre "tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens !") en 1211, à la suite de l'excommunication de Raimond VI.
A la fin du XIIIe siècle, il se transforme en une redoutable forteresse, dont le donjon de 40 mètres de haut, dû à l’archevêque Gilles Aycelin, « tient en joue » la Vicomté, qui lui fait face.
Palais Vieux et palais Neuf forment un ensemble si imposant que les Consuls, troisième force de Narbonne médiévale, y voient même une menace pour la ville et ses libertés.

palais des archevêques de Narbonne
Le palais des archevêques est divisé en Palais vieux du XIIe (sur la droite), encadrant le donjon de la Madeleine, et le palais neuf de style gothique composé du puissant donjon de Gilles Aycelin du XIIIe (sur la gauche). Du sommet de ce donjon, on a une superbe vue sur la place de l'hôtel de ville où se trouve la via Domitia. La façade Est comporte trois tours carrées , la tour de la Madeleine, la tour St-Martial et le donjon Gilles Aycelin.
L'hôtel de ville (au milieu) est une fantaisie de Violet Le Duc...

Les vicomtes de Narbonne
Mahaut de Pouille, issue d'une dynastie normande d'Italie du Sud a épousé successivement à la fin du XIe siècle le comte de Barcelone et le Vicomte de Narbonne. Une génération plus tard, Ramon Berenguer III de Barcelone et Aimeric II de Narbonne sont donc demi-frères ; le second restera loyal au Catalan. A sa mort, sans héritier mâle, en 1134, la vicomté passe à sa fille Ermengarde qui la contrôlera jusqu'en 1192, en restant le plus souvent fidèle à l'alliance Barcelonaise. Lui succède alors Pierre, un des fils de sa soeur Ermessende (mort en 1202), puis Aimeric IV, fils de Pierre. C'est lui qui est contemporain de la Croisade des Albigeois (mort en 1239). On perd la trace de la dynastie après Guillaume II tué en 1424.
Le vicomte de Narbonne le plus important au XIIe siècle est donc une vicomtesse (voir Ermengarde).

 

Le renouveau des arts

Au début du XIIe siècle émerge une nouvelle idéologie originale avec la naissance d'une culture laïque, populaire, distincte et même opposée aux dogmes religieux catholiques. Elle a son pendant dans le domaine mystique, ce qui favorise le développement de l'Hérésie Cathare. Cette nouvelle culture se distingue par la langue : les écrits se font désormais en occitan et non en latin ; les hérétiques, plus proches du peuple et respectés par tous, s'adressent au peuple en occitan. Les troubadours codifient la langue et sa grammaire et sont compris de Bordeaux en Italie, et de Poitiers en Catalogne.
La région, aux XIe et XIIe, donne une impression d’effervescence dans tous les domaines : politique, administratif, religieux, éducatif, culturel.

Plus au Sud, à l'autre extrémité de l'Espagne, c'est l'apogée du Califat de Cordoue et l'époque du grand philosophe arabe Avérroès qui contribue à la redécouverte des penseurs grecs tels que Platon et Aristote et à leur diffusion dans l'Occident Musulman et Chrétien.

" trobar" et "paratge"

L'art lyrique qui apparaît au XIIe siècle se nomme le "trobar", mais c'est en fait beaucoup plus : c'est un art de vivre, une éthique, une littérature, poésie, chant et, en fait, toute une philosophie complètement originale. Mais attention ce n'est pas une idéologie "populaire", c'est un art de Cour. Les "choses viles" telles que le commerce ou l'artisanat y sont dénigrées. Les "vilains", c'est à dire ceux qui produisent, et qui sont donc prisonniers des contingences matérielles, sont fustigés.
Le trobar est donc finalement une philosophie d'improductifs, érigeant le parasitisme en règle de vie... Il théorise l'inégalité sociale et dresse une frontière entre le groupe des élus, adeptes des vertus "courtoises", valeurs aristocratiques par excellence, et la masse des exclus : paysan, serf, artisan, ouvrier, bourgeois, homme du commun...

Celui qui pratique le "trobar" est le "troubadour", et chacun d'entre eux possède sa propre sensibilité qu'il exprime dans des poèmes chantés. En deux siècles , on a répertorié environ 2500 oeuvres. Les paroles nous sont souvent parvenues, ainsi que la biographie plus ou moins romancée de leur auteur (la "vida"). Malheureusement, la musique, peu codifiée, s'est presque complètement perdue : à peine une sur dix de ces pièces nous est parvenue avec une indication de son accompagnement musical qui, de plus pouvait être modifié au gré de l'humeur de l'interprète.
Des règles complexes de versification sont inventées, et la difficulté s'accroit lors de l'invention du trobar clus. En effet, il existe plusieurs types de trobar : le trobar clar compréhensible par tous, le trobar ric, qui fait la par belle à la richesse des rimes et du vocabulaire, le trobar clus, volontairement hermétique et compréhensible par une élite de spécialistes après plusieurs lectures ou auditions.

Dans le même ordre d'idées, "paratge" est le mot occitan signifiant "noblesse". Pour les troubadours, ce mot incarne à la fois la noblesse, l'aristocratie, et une vertu : la noblesse d'âme. Et bien sûr, seul les aristocrates peuvent se prévaloir de paratge.

Les troubadours

Le troubadour est un homme ou plus rarement une femme (trobairitz). Ils sont auteurs, compositeurs et chanteurs. S'ils proviennent généralement des classes sociales les plus élevées (ducs, comtes, aristocrates), on en trouve aussi de rang social plus modeste : bourgeois, clercs, et même des hommes de très humble origine, comme Bernard de Ventadour.

Si la lyrique amoureuse est leur principale source d'inspiration, ce n'est pas la seule. Ils écrivent aussi des chants satiriques et des sirventes, poèmes en vers souvent d'inspiration politique. Ils s'adonnent aussi au débat le "joc partit" et la "tenso". Enfin, ils puisent souvent dans la tradition populaire l'inspiration des airs de leurs chansons.

Parmi les troubadours les plus connus, on trouve :

Guilhem de Poitiers (1071-1127). Grand seigneur, il possède un domaine très étendu dans le Poitou. C'est aussi un poète et le premier troubadour connu. Il a écrit en particulier des pièces très crues, parfois anticléricale, mais aussi des chansons d'amour.

Marcabru (1129-1150). Il est d'origine sociale modeste (enfant trouvé). Il se fait jongleur et réside dans plusieurs cours du midi. Sa poésie pittoresque et truculente, est une protestation contre la société aristocratique de son temps.

Jaufré Rudel. Ce seigneur suit le comte de Toulouse à la croisade en 1147 ; il n'en reviendra pas. On trouve chez ce troubadour, qui peint aussi l'aventure chevaleresque, le mythe de l'amour lointain, idéalisé et mystique.

Bertran de Born (1140-1205). Baron féodal, il guerroie contre Henri II Plantagenêt roi d'Angleterre. Il est le troubadour des aventures guerrières et des batailles, le poète des sirventès politiques.

Bernart de Ventadour (1130-1215). Il est le fils d'un serviteur du château de Ventadour. Son seigneur lui apprend l'art d'écrire. Chassé du château pour une affaire amoureuse, il se réfugie auprès d'Aliénor d'Aquitaine avant de trouver protection auprès de Raimon V, comte de Toulouse. L'ensemble de son oeuvre est consacré à la Fin'Amor.

Raimbaud d'Orange (1147-1173). Ce comte d'Orange est le plus ancien troubadour provençal. C'est un poète obscur (trobar clus) à qui on doit plusieurs poésies lyriques et un sirventès.

Béatriz de Dia (fin XIIe s.). On ne sait presque rien de cette trobairitz. Sa poésie est au moins aussi sensuelle et même explicite que celle de la plupart des autres troubadours hommes de son temps. Un exemple en est donné ici --->

Peire Vidal (1175-1210). Il est le fils d'un marchand de Toulouse. La légende raconte ses nombreuses aventures amoureuses et son union avec la nièce de l'empereur de Constantinople et ses nombreux voyages (Aragon, Provence, Hongrie, Terre Sainte et Italie). Les chansons et sirventès de ce troubadour sont pleines d'originalité et de fantaisie.

Guilhem Figueira.Contemporain de la Croisade, il est surtout connu pour ses sirventès d'une rare violence contre Rome
(voir l'exemple ici )

En deux siècles, on a recensé environ 500 troubadours dans le midi. C'est une proportion énorme d'artistes, dans une population somme toute pauvre et relativement clairsemée.

 

La carte ci-contre présente l'aire de diffusion des troubadours entre le XIe et le XIIIe siècle.

La "fin amor"

Si toute la poésie occitane n'est pas consacrée à l'amour, il est cependant le thème majeur des troubadours. La Fin'Amor (amour épuré, noble amour), c'est d'abord l'amour de la Dame. Le troubadour se met au service de sa Dame dans une attitude de respect et d'humilité, tout en espérant la conquérir. Dans les cours, un nouvel art d'aimer s'élabore : c'est l'amour courtois. En créant un véritable culte de la femme, cet art a fait l'originalité de la poésie des troubadours. Mais l'amour courtois n'est pas seulement platonique...
Il se pratique essentiellement dans les châteaux, et les châtelains sont souvent à la chasse, à la guerre ou en croisade... L'adultère est ainsi parfaitement admis dans la poésie des troubadours.
Évidemment, cet aspect "immoral" de la littérature ne survivra pas à la conquête de l'Occitanie et à la reprise en main religieuse qui suivra.

Les formes littéraires

Il y en a beaucoup. Les plus connues sont :

La canso : une chanson d'amour

Elle correspond à l'ode antique et est généralement consacrée à l'amour idéalisé et à la tristesse amoureuse. C'est le genre le plus pratiqué au XIIe et XIIIe siècle en Occitanie.Elle est très codifiée : 4 à 8 coblas (strophes) en vers de longueur et de mètre identiques se terminait par une tornada (refrain) égale à la moitié d'une cobla et qui apostrophe le (la...) dédicataire de la canso.

Le sirventès : un texte politique

Les sirventès sont des poèmes chantés ayant en général une connotation profane, d'inspiration politique ou morale, souvent satiriques. Le genre se développe énormément pendant la Croisade des Albigeois et après la défaite.

Le sirventes se distingue de la canso par son ton satirique. Ce genre, très prisé des poètes et des auditeurs, serait, à l'origine, l'œuvre des troubadours de basse condition sociale. Il comporte plusieurs catégories et d'illustres représentants :

  • les sirventes moraux, contre la décadence des mœurs (Marcabru, Peire Cardenal…)
  • les sirventes personnels, dont la cible est un concurrent, un Puissant (Guilhem de Berguedan, Aimeric de Pegulhan, Guilhem de la Tor…)
  • les sirventes politiques, qui relatent les événements tels que guerres de conquête, croisades, Inquisition, Rome, le clergé… (Bertran de Born, Guilhem Figueira, Guilhem de Montanhagol…)
  • les sirventes littéraires, qui sont des polémiques sur le métier de troubadour et des critiques de confrères (Peire d'Alvernha, Monge de Montaudon, Lanfranc Cigala…).

D'autres compositions peuvent être apparentées à ce genre :

  • les sirventes-cansos, qui mêlent le sarcasme aux thèmes courtois (Peire Vidal)
  • les sirventes joglarescs, échanges grossiers dans le ton exagéré des jongleurs (Peire de la Mula)
  • les gaps, vantardises (Guilhem de Poitiers)
  • les ensenhamens (Guiraut de Cabreira).
 

Sirventès de Guilhem Figueira

Cliquer sur une des image ci-dessous pour lire "d'un sirventes far".

2 versions sont présentées ici :

  • la version intégrale de l'original en occitan du XIIIe siècle (un peu difficile à comprendre), et sa traduction en français.


  • une transposition de Claude Marti, qui le chante en occitan moderne, ainsi que sa traduction en français.

Le texte original date des environs de 1226, c'est à dire à la fin de la Croisade des Albigeois, alors que la défaite est pratiquement consommée. Il est entièrement écrit en strophes de 7 vers, toutes rythmées par le nom de Rome, revenant comme une litanie.


Texte original


Version adaptée

On reste confondu par la violence du texte contre Rome ainsi que par sa confiance envers le Comte (de Toulouse). On y évoque la politique et les tractations diplomatiques entre les grandes puissances (le Roi de France, le Roi d'Angleterre, l'Empereur (du Saint Empire Romain Germanique) ainsi que les démêlés de la papauté avec les Grecs (l'Empire Byzantin) et les revers en Terre Sainte, ainsi que le pouvoir de l'Argent. Huit siècles plus tard, changez certains noms, et tout reste d'actualité...
 

L'alba : un mélodrame de l'amour adultère

C'est un thème où deux amants qui ont passé la nuit ensemble sont éveillés par le cri du guetteur et déplorent que leur bonheur ait été si court. Il est souvent chanté par le guetteur.

Lo jòc partit : une joute verbale entre 2 troubadours

Plus ou moins l'ancêtre du rap... La joute peut-être amicale ou traduire une rivalité.

L'art Roman du languedoc

Le 1er art roman est d'origine méditerranéenne. L'art de la voûte en pierre permet de résoudre l'épineux problème de la construction dans des pays où le bois est rare. C'est un art austère, dépourvu de toute sculpture, mais qui par sa pureté laisse une impression profonde sur les fidèles. Ce premier art roman, bien présent dans l'Aude (église de Quarante) et dans l'Hérault (St Guilhem-le-Désert), date du milieu du XIe siècle. Il est marqué par le clocher-tour carré, les baies géminées et bien sûr l'arc en plein ceintre.

Le clocher de la petite église de Mirepeisset en est aussi un exemple.

Arcs Romans
(église de Quarante)
Mais le besoin d'édifices plus spacieux apparaît bientôt : expansion démographique, pèlerinages, nécessitent des édifices plus vastes. Les techniques de construction, parties du Nord, se répandent dans le Midi. Les sculptures, les chapiteaux, les portails prennent une grande importance. Leur plan prend une ampleur exceptionnel : dans la région les plus vastes et les plus riches sont les grandes églises de pèlerinages de Saint Sernin, à Toulouse et, dans une moindre mesure, la cathédrale de Saint Gilles sur Rhône. Si le Languedoc n'a pas inventé l'art roman, il en est, avec l'Aragon, un des hauts lieux. Dans la 2e moitié du XIIe siècle, on y crée un style original d'églises fortifiées, comme celles de Maguelonne, Agde, ou saint Pons.

Assomption de la Vierge Marie (Rieux-Minervois)
Mais ce qui fait l'originalité de l'art Roman du languedoc, c'est la sculpture. On y trouve des inspirations catalanes et maures ou italiennes (le "Maître de Cabestany"), à décor végétal ou motifs religieux. Cet art de la sculpture s'applique aussi bien aux chapiteaux de colonnes, qu'aux sarcophages ou maîtres-autels. On en trouve des exemples dans les plus grandes cathédrales comme Saint-Sernin de Toulouse, les cloîtres (Moissac) et jusque dans les plus petites églises du Minervois (voir le chapiteau d'une colonne de l'église de Rieux-Minervois ci-contre)

Les écoles

Les écoles se multiplient dès le XIIe s. Les écoles de médecine de Montpellier avaient bonne réputation : elles avaient été fondées par des médecins italiens, et bénéficiaient de la liberté d’enseignement. Des médecins juifs ou musulmans, pratiquant la médecine arabe, initièrent les Languedociens à une médecine de pointe, dont la dissection.
L’enseignement du droit romain illustra Montpellier. Des notaires publics officiaient dans les villes. Règles romaines et usages locaux cohabitaient.
Enfin, au sein des communautés juives, naquit en Languedoc la Kabbale, l’un des principaux courants de la mystique juive médiévale.

L'Université de Toulouse n'est pas créée à cette époque, mais au XIIIe siècle, dans le but avoué de ramener le pays dans l'orthodoxie religieuse...

Le rôle des femmes en Occitanie du XIIe siècle

A l'époque des Croisades, le rôle de la femme médiévale s'est à nouveau imposé, ne serait-ce qu'en raison des circonstances. Si les hommes étaient en Terre Sainte pour des années, il fallait bien que quelqu'un prenne en main le domaine.
En Occitanie, l'amour courtois magnifie la Dame, qui est l'objet d'une adoration, presque d'un culte. Évidemment, on ne sait pas grand chose de la vie des paysannes, qui doit être fort éloignée de celle de la châtelaine.
Certaines femmes prennent des responsabilités importantes telles Aliénor d'Aquitaine ou Ermengarde, à Narbonne. D'autres deviennent trobairitz.
Toutefois, le rôle de la femme ne sera guère reconnu tant par l'Eglise officielle que par la société civile qui, par le mariage entendait soumettre l'épouse à son mari. Évidemment, les femmes n'avaient aucun rôle dans l'église catholique et ne pouvaient pas plus qu'à l'heure actuelle, accéder à une charge quelconque.
A l'inverse, dans l'Eglise cathare, les femmes pouvaient recevoir le Consolament et devenir Parfaites. Elles y eurent un rôle non négligeable et peut-être même le rôle principal par leur action dans les "maisons cathares". Elles vivaient dans des communautés de femmes, prêchaient comme leurs collègues masculins et se chargeait de l'école. Selon des études partielles, le nombre de dames hérétiques était semblable à leur proportion dans la population totale. Lors de la croisade, et plus tard au temps de l'Inquisition, elles montèrent sur le bûcher avec les hommes.

En 1207, à la veille de la Croisade, un débat contradictoire oppose catholiques et Vaudois en présence d'Esclarmonde et Philippa, respectivement soeur et épouse de Raymond-Roger, Comte de Foix, toutes deux Parfaites cathares. Dans la discussion Esclarmonde prend parti pour les hérétiques. Un des disciples de (Saint) Dominique lui lance alors : "Allez, Madame, filer votre quenouille. Il ne vous appartient pas de parler dans un débat de ce genre..." Un signe prémonitoire du destin que l'Église réserve aux femmes du Languedoc dans les siècles qui vont suivre.

 

Ermengarde, vicomtesse de Narbonne

Ermengarde, née vers 1127, reste la plus célèbre vicomtesse de Narbonne.
Ermengarde était la fille aînée d'Aimery II, vicomte de Narbonne et de sa première épouse, également nommée Ermengarde. Aux alentours de 1139, le comte de Toulouse Alphonse Jourdain, prétendant peut-être exercer son droit de garde des héritières mineures à titre de suzerain, s'empare de Narbonne avec l'appui de l'archevêque de Narbonne. Devant la menace toulousaine, Ermengarde s'est sans doute alors réfugiée sur les terres de son cousin, le comte de Barcelone.
A la fin de l'année 1142, Alphonse Jourdain songe à épouser Ermengarde, qui a une quinzaine d'année. En réaction à cette perspective qui risque de bouleverser l'équilibre politique régional, une coalition de seigneurs méridionaux se réunie sous la direction de Roger I Trencavel, vicomte de Carcassonne pour s'opposer aux projets du comte de Toulouse.
En 1143, Ermengarde est mariée à Bernard d'Anduze, un fidèle du vicomte Roger. Le comte Alphonse, vaincu par la coalition et fait prisonnier, est contraint, pour recouvrer sa liberté, de jurer la paix et de restituer la vicomté de Narbonne à Ermengarde.

Elle règne pendant une cinquantaine d'années, ce qui est un exploit à cette époque. Elle tient une cour brillante dans cette 2e moitié du XIIe siècle, jusqu'à son abdication plus ou moins forcée en 1192, et meurt 4 ou 5 ans plus tard. Pendant toute sa vie, elle essaie de préserver une relative indépendance par rapport à ses grands voisins que sont les comtes de Toulouse, les Trencavel et le roi d'Aragon-Catalogne. Elle ne dédaigne pas non plus de guerroyer et de trouver aussi le temps de protéger plusieurs troubadours : Peire Rogier, Bernart de Ventadorn, Peire d'Alvernha, Giraut de Bornelh, Azalaïs de Porcairagues...

Un livre lui a récemment été consacré (ci-contre) et la ville de Narbonne lui rend hommage chaque année en été dans une fête d'inspiration moyenâgeuse.


 

L'Hérésie Albigeoise (les Cathares)

Au XIIe siècle, il y a de nombreuses "hérésies" en Europe. Certaines sont très anciennes, comme l'hérésie Bogomile qui apparait dans la première moitié du Xe siècle en Bulgarie, et perdure 5 siècles en Bosnie. D'autres ne durent que quelques années, comme les Patarins en Italie.

Enfin, et sous des noms divers, les Cathares se rencontrent dans bien des endroits en Europe : Publicains en Champagne, Bougres en Bourgogne, Piphles en Flandre, Lucifériens en Rhénanie, Cathares en Italie du Nord et en Languedoc...
Contrairement aux régions du Nord où il est clandestin, le Catharisme est, en Languedoc, parfaitement intégré au tissu social. Les Cathares connaissent une étonnante indulgence des autorités séculières et ont souvent la protection de la petite noblesse locale. Ils peuvent prêcher en toute impunité et parcourir les routes, se rassembler, et même débattre publiquement de leur thèse avec les autorités de l'Église, quelquefois en présence des plus hautes autorités telles que le Vicomte de Trencavel, le Comte de Foix, ou la Comtesse de Toulouse.
Leur indulgence envers le peuple fit le succès des Cathares : les populations languedociennes sont séduites par une religion simple, du moins pour les simples croyants (le consolament est leur unique sacrement, à la fois baptême, pénitence, ordination et extrême-onction). L'église Cathare ne perçoit pas la dîme ecclésiastique, parle la langue du peuple plutôt que le latin et veut montrer l'exemple d'une vie religieuse plus proche de la lettre des textes sacrés (la "règle de Justice et de Vérité", base de la vie de parfaits, est basée sur les préceptes évangéliques). Jamais les Cathares ne possèderont de terres ou de biens fonciers, contrairement aux ecclésiastiques, dont les richesses rivalisent avec celles de grands seigneurs. Ils se contentent d'exercer un métier d'artisanat ou de maraîcher et de vendre leur production sur les marchés. Leur honnêteté scrupuleuse leur vaut les bonnes grâces de la population.

Les Cathares s’organisent petit à petit en Église et créent jusqu'à 5 diocèses : Albigeois, Carcassès, Toulousain et Agenais, auxquels se rajoute celui du Razès (région de Limoux à Mirepoix) en pleine Croisade des Albigeois. Si la zone la plus touchée se situait entre Albi, Toulouse et Carcassonne, elle débordait vers la Catalogne. En revanche, le Languedoc oriental (région de Narbonne) resta dans l’orthodoxie. Le Catharisme reste par contre inexistant (faute de temps ?) en Provence à l'est du Rhône et en Gascogne. Par ailleurs, partout en Europe, ils sont très minoritaires et pourchassés avec la plus grande cruauté par les Pouvoirs Religieux et Séculiers. C'est à cette époque que naît le supplice du bûcher promis aux hérétiques.

L'adhésion au Catharisme des vassaux et des paysans entraîne bientôt celle des suzerains tels le Vicomte de Trencavel et le Comte de Foix qui, s'ils n'appartiennent pas forcément à l'église cathare, en sont au moins sympathisants. En 1177, le Comte de Toulouse Raimond V, resté "bon catholique", constate que " l'hérésie a pénétré partout. Elle a jeté la discorde dans toutes les familles ... des prêtres eux-mêmes cèdent à la tentation. Les églises sont désertes et tombent en ruine". L'Eglise de Rome tente des campagnes de reconversion mais sans grand succès. Ses tentatives ne sont guère appuyées par les autorités civiles, bien au contraire. Ses incitations à mener le combat contre l'hérésie ne recueille alors guère d'écho. Son fils Raimond VI, qui accède au pouvoir en 1195 se montre tout à fait tolérant envers les Cathares.

Contrairement aux théologiens de l'église catholique, les Cathares ne condamnent pas le prêt à intérêt, ce qui leur vaut la bienveillance des marchands et de la riche bourgeoisie locale. Après la Noblesse, c'est la Bourgeoisie marchande qui sera conquise. Au début du XIIIe siècle, l'hérésie touche donc toutes les couches de la population languedocienne.

Bien que divergent sur des points de doctrine, les Cathares d'Europe se disent tous "bons chrétiens" et se baptisent "Bons Hommes" et "Bonnes Femmes". Ils se réclament d'une lecture dualiste (le Bien contre le Mal) du Nouveau Testament : le catharisme opposait l’âme pure de l’homme et le monde mauvais, Dieu créateur de l’âme et Satan créateur de ce monde. Ceux qui parviennent à rejeter l'influence de Satan sont accueillis parmi les Parfaits. Ils fondent des Maisons Cathares, des hospices et des ateliers, principalement de tissage, qui permettent de subvenir aux besoins de la Communauté. Beaucoup de femmes, déjà mères, épouses ou veuves, s'y retirent pour y vivre une vie religieuse.
Zone d'extension du catharisme en Europe et en Languedoc

Le Monde au début du XIIIe siècle

1198

Europe
Europe
Amériques

Califat de Cordoue : mort d'Averroès, le grand philosophe arabe du XIIe siècle
Début du pontificat d'Innocent III, qui prêche la 4e croisade.
Début de la domination des Incas à Cuzco.
1199
Europe Mort de Richard Coeur de Lion et début du règne de Jean Sans Terre en Angleterre
1200 Europe
Europe
Europe
Philippe Auguste est reconnu suzerain des terres françaises des Plantagenêts (Jean sans Terre)
Naissance de l'Université de Paris
vers 1200 : Composition de la "chanson des Niebelungen" et de "Carmina Burana"
1201 Europe Le pape Innocent III prend le parti des "guelfes" (Otton IV) contre les "gibelins" dans la querelle de succession du Saint Empire Romain Germanique
1202 Asie
Asie
Europe

Europe

Europe
Prise de Bénarès (Inde) par les Musulmans.
Défaite des Tatars devant les Mongols
Début de la 4e croisade, mais l'empereur Byzantin de Constantinople appelle les Croisés à l'aide dans une querelle de palais
Philippe Auguste prononce la main mise du roi de France sur les possessions continentales des Plantagenêts.
Première utilisation des chiffres arabes et du zéro en Europe (Fibonacci)
1203

Europe
Europe

Europe

Première prise de Constantinople par les Croisés.
Mission de Domingo de Guzman ("Saint Dominique") en Aquitaine pour constater les "méfaits" du catharisme
Le roi de France Philippe Auguste débute sa conquête des possessions anglaises dans l'Ouest.
1204 Europe

Europe
Europe
Europe
Europe
Prise et pillage de Constantinople par les Croisés de la 4e croisade. L'Empire Byzantin est démembré et ne s'en relèvera pas. Les royaumes Francs de Terre Sainte sont abandonnés à eux-mêmes.
La Normandie, conquise par Philippe Auguste, devient française.
Fondation de la ville d'Amsterdam
Mort d'Aliénor d'Aquitaine
Pierre d'Aragon devient, par mariage, seigneur de Montpellier
1205 Europe
Europe
Philippe Auguste s'empare de la Tourraine, du Maine et de l'Anjou.
Conflit de Jean Sans Terre avec la papauté. Interdit mis sur le Royaume d'Angleterre.
1206 Asie

Europe
Europe
Europe
Europe
Temüdjin est proclamé chef suprême des Mongols sous le nom de Gengis Khan. Il est à la tête du plus grand empire ayant jamais vu le jour.
Les Italiens de Pise, Gênes et Venise sont maîtres de la Méditerranée orientale
Les possessions continentales du roi d'Angleterre se réduisent à l'Aquitaine
Premier cycle du "Roman de Renart"
En France, le taux des prêts est limité à 43% (!) par an.

 

 

Au début du XIIIe siècle, tout est en place dans le Comté de Toulouse pour la tragédie qui va suivre :

  • l'hérésie Cathare commence à inquiéter sérieusement Rome,
  • le pouvoir dans le Comté de Toulouse est faible et peu centralisé,
  • les vassaux du Comte sont turbulents et parfois mal inspirés,
  • le pays apparaît comme riche et suscite des convoitises de la part de ses voisins,
  • et enfin le roi de France, Philippe-Auguste, verrait d'un bon oeil une extension de ses domaines vers le Sud, afin de pouvoir rivaliser avec ses puissants ennemis Othon "prétendument Empereur" de Germanie et Jean Sans Terre (le fameux "Prince Jean"), roi d'Angleterre et Duc d'Aquitaine.